3/09/2013

L’attitude belliciste et cynique du gouvernement congolais et de la France qui le soutient risque d’embraser la région des Grands Lacs. La seule possibilité d’éviter l’internationalisation de la guerre à l’Est de la RDC demeure dans le maintien de la pression médiatique, diplomatique et militaire sur la coalition contre-nature qui réunit une partie des Nations Unies, l’armée congolaise et les forces génocidaires.

Suivant les informations dont nous pouvions faire état dans notre dernière dépêche (Les bombes de Goma, 24/08), les combats du 22-25 août dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) entre le M23 et les forces gouvernementales avec ses alliés ont mis en évidence trois éléments majeurs :

• la supériorité militaire du M23 face à la coalition FARDC/FDLR/Monusco

• l’entrée en action pour la première fois de la Brigade d’intervention (BI) de la Monusco, le samedi 24, censée modifier les rapports de force sur le terrain en vue d’une solution militaire de la crise qui est en revanche, rappelons-le, surtout politique et diplomatique

• les bombes tombées à Goma et en territoire rwandais, des actes de terrorisme visant à pallier les échecs réitérés de l’option guerrière

Si les deux premiers éléments peuvent se réduire à un constat, le troisième, cette pluie de roquettes, véritable cauchemar des populations qui y sont exposées, est encore plus trouble et troublant. Il est posé comme une menace d’embrasement de la région entière. Et il dévoile, dans les intentions sinistres de ses promoteurs, l’existence d’une volonté terrible de destruction, utilisée comme moyen d’imposition d’un pouvoir exclusif et sans limites, en RDC et dans toute l’espace des Grands Lacs.

La question qui se pose pourra sembler naïve, mais n’est pas moins essentielle : comment se fait-il, alors que de tels épisodes se produisent depuis des mois, que l’origine de ces tirs aveugles demeure à ce jour controversée ? Et que ses auteurs puissent aisément se cacher dans le brouillard de déclarations et contre-déclarations émanant des bureaux du Palais de Verre à New York, ou des salles des conférences de presse à Goma ou à Kinshasa ?

Répondre à ces questions, ou au moins essayer d’y répondre, en suivant le fil de ces derniers événements, permettrait d’éclairer le rôle des uns et des autres dans la tragédie ininterrompue qui ensanglante le Kivu depuis 1993.

Jeudi 22 et vendredi 23 août, pendant que les armes grondent de l’autre côté de la frontière, de nombreux obus tombent en territoire rwandais. Au premier jour, le bourg de Bugi était frappé. Au deuxième, les lanceurs non identifiés ont visé, avec cinq bombes, les villages de Bukumu, Kagezi, Kageyo et Rusura.

« Ces actes de provocations qui mettent en danger les vies de citoyens rwandais ne resteront pas définitivement sans réponse », affirme le porte-parole de l’armée rwandaise (FDR), Joseph Nzabamwita, après avoir déclaré que les tirs provenaient des positions occupées par l’armée de Kinshasa (FARDC). Le gouvernement rwandais a aussitôt demandé qu’une enquête rapide soit diligentée sur le terrain, par le Mécanisme de vérification conjoint élargi (MVCE), un organisme regroupant 24 officiers des 11 pays de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs (CIRGL), avec la tâche de surveiller tout mouvement transfrontalier entre les Etats de la région. Le Rwanda et la RDC y sont représentés, chacun avec trois officiers. Mais la demande de Kigali restera sans suite.

Et pour cause, car le MVCE vient d’être décapité. Le 12 dernier, les autorités congolaises, sans en donner les raisons, ont interdit le territoire de la RDC au brigadier général Muhesi, l’officier ougandais à la tête de cette commission internationale d’experts militaires. Rappeler que, suite aux bombes précédemment tombées au Rwanda, en date du 15 juillet dans les villages de Kagezi et Gasiza, le MVCE avait confirmé « le bombardement délibéré des FARDC en territoire rwandais ». Cela n’avait pas plu à Kinshasa qui n’a pas tardé à réagir…

Et c’est ainsi que le haut gradé ougandais responsable de ce organisme de vérification international a été obligé de quitter Goma. Depuis, la structure a du mal à se réunir et à statuer. Avec la mise hors jeu de cet organisme régional, forcément neutre et indépendant de par sa composition, la voie est ainsi ouverte à toutes sortes de manipulations et à la série des allégations sans possibilité de vérification que l’on voit pleuvoir aussi sûrement que les bombes dont elles sont supposées rendre compte.

D’ailleurs, jeudi 22, d’autres roquettes ont également atterri à Goma, la capitale provinciale du Nord-Kivu, dans les quartiers de Murara, Katindo et Munigi, en faisant au moins deux victimes. Le lendemain, comme en réponse aux déclarations de Nzabamwita, le vice-gouverneur du Nord-Kivu, Feller Lutahichirwa, affirme que « les obus venaient de l’est vers l’ouest », donc du Rwanda. Lambert Mende Omalanga, porte-parole du gouvernement congolais, corrobore ces déclarations et va plus loin, en accusant le Rwanda de crimes de guerre. Il exclut d’emblée une responsabilité du M23, la ligne de front étant trop loin de Goma : « Les affrontements proprement dits entre les FARDC et la coalition dénommée M23 se déroulaient à plus de 15 kilomètres du chef-lieu du Nord-Kivu », dit-il. Pourquoi alors, le lieutenant-colonel Prosper Félix Basse, porte-parole de la Monusco, alliée sur le champ de bataille des forces gouvernementales, contredit cette version et accuse le M23 de ces tirs sur Goma ? Quel genre d’embarras, ou de difficulté, peut-il expliquer cette cacophonie inattendue entre forces amies, d’accord en tout cas pour dédouaner Kinshasa ?

De son côté, la rébellion attribue ces attaques meurtrières aux FARDC : « L’armée agit de la sorte parce qu’elle veut attirer la Monusco et la BI dans les combats à ses côtés », affirme Amani Kabasha, responsable de la communication du M23. Et la Monusco, avec la Brigade en fer de lance, entre dans la danse : « La Monusco est désormais engagée aux côtés des FARDC… elle a pris toutes les dispositions idoines en engageant les positions du M23 à l’artillerie par la Brigade d’intervention à soutien des FARDC », déclare le 23 août à Radio Okapi le lieutenant-colonel Basse.

Face à la radicalisation de la crise et aux provocations des faucons de l’entourage de Joseph Kabila, président de la RDC, qui ont pour objet le Rwanda, le président du M23, Bertrand Bisimwa, adressait, le 23 août, une lettre au SG de l’Onu, M Ban Ki Moon, pour lui demander de diligenter une enquête indépendante afin d’établir le(s) point(s) de départ des projectiles qui ont endeuillé Goma : « Si le gouvernement congolais n’a rien à se reprocher… il devrait relayer l’appel du M23 aux Nations unies pour l’ouverture d’une enquête », ajoute-t-il sur twitter. En réponse, les autorités gouvernementales refusent de collaborer en opposant une fin de non recevoir drastique qui pourrait en dire long sur leurs responsabilités. Encore une fois, les questions fusent sur l’inaction des Nations unies, apparemment de plus en plus complices d’un camp qui vise ouvertement l’internationalisation du conflit. Et l’histoire se répète 24 heures à peine après.

Samedi 24 en effet, l’aviation de la coalition gouvernementale bombarde Buvunga, Katale et Kibumba, situées à environ 35 Km de la ligne de front, avec un bilan de 16 civils tués. Un crime de guerre et une preuve de faiblesse de la part de l’alliance FARDC/FDLR/Monusco/BI, qui est acculée jusqu’aux portes de Goma. À l’aube, quand les combats cessent, on compte 82 cadavres à l’hôpital militaire Katindo de Goma. « L’armée congolaise essuie de lourdes pertes », selon une dépêche d’Associated Press.

Parmi les victimes, les premiers militaires sud-africains et tanzaniens tombés dans les rangs de la BI. Au soir, en conclusion d’une séance houleuse au Conseil de sécurité (CS), une résolution rédigée par la France et condamnant le M23 est bloquée de justesse. La Rwanda s’y était opposé, mais au moins l’un des cinq membres permanents du CS a dû aussi mettre son veto (ou peut-être une majorité des voix s’est-elle exprimée contre). Signe que, contrairement aux dires de la grande presse européenne ou américaine, ni le M23, ni le Rwanda, ne sont isolés sur le plan international.

En ce qui concerne les tueries des populations civiles à Buvunga, Katale et Kibumba — tout comme dans l’agglomération proche du camp du M23 de Rumangabo, où, le 24 juillet dernier, l’aviation des FARDC avait fait une dizaines de victimes parmi les villageois —, le silence assourdissant de l’ONU, dont le devoir de protection des populations est systématiquement évoqué dans d’autres circonstances, souligne, s’il en était besoin, la non neutralité de sa présence dans la crise congolaise.

Dimanche 25 août, six sénateurs américains se rendent à Goma et à Kigali et appellent à « une solution politique entre les peuples de la région ». Celle-ci « ne viendra pas des Nations Unies », ajoutent-ils. Le même jour, une déclaration du Département d’Etat américain accuse (« selon des rapports crédibles des Nations unies », c’est-à-dire de la Monusco, mais sans plus de précisions) le M23 d’avoir lancé ses obus au Rwanda ! Une première plutôt étonnante qui mérite certes une réflexion.

La France et une partie des Nations unies (notamment le Département des opérations de maintien de la paix, dirigé par le français Hervé Ladsous), depuis toujours, et les Etats-Unis, plus récemment (le 25 juillet, le secrétaire d’Etat John Kerry avait demandé au Rwanda ce cesser toute aide au M23…), accusent Kigali de supporter le mouvement rebelle qui, lui, serait censé pilonner son territoire et tuer ses citoyens… Et ce alors que la partie lésée déclare savoir que les projectiles ont été tirés depuis les positions des FARDC. On remarque, dans ce cas, une confusion paradoxale, de surcroît au sein de la même administration, entre une position prônant la solution pacifique et une autre, plus agressive. La stratégie du chaos vise, délibérément, la sphère médiatique et plus largement celle de la communication globale.

Lundi 26, au matin, les hostilités reprennent sur l’axe Kanyaruchinya-Kibati et la BI y est pleinement engagée. Cependant, le scénario ne change pas depuis le début de la guerre en 2012 : après des intenses bombardements, la coalition envoie les troupes au sol, qui sont défaites et poursuivies par les soldats de l’ARC (l’armée du M23) sortis de leurs tranchées ou abris et rapidement infiltrés dans les lignes ennemies.

Une note d’une agence de presse occidentale évoque les propos du président ougandais Museveni, facilitateur des pourparlers de Kampala entre Kinshasa et la rébellion : « Pourquoi perd-on notre temps et nos énergies pour la paix, quand ils veulent la guerre ? » Une claire allusion au gouvernement de la RDC et aux forces des Nations unies qui le soutiennent. Derrière les deux, on entrevoit les agissements des cercles politiques et militaires qui, à Paris, n’ont jamais digéré la victoire du Front patriotique rwandais de Paul Kagame, mettant un terme au génocide des Tutsi en 1994.

Mardi 27 août, la coalition prépare la grande offensive. De nouveaux renforts sont acheminés depuis Kisangani et amassés entre Kanyabayonga et Mabenga, à l’ouest des lignes tenues par le M23. Ils ont la tâche de prendre en tenaille les soldats de l’ARC, une fois ceux-ci attaqués par le versant méridional.

Sur le front médiatique, c’est la diversion. Martin Kobler, le patron allemand de la Monusco, y excelle. Le 25, il déclarait avoir « donné l’ordre à la force de la Monusco de réagir avec toute l’énergie nécessaire contre ces crimes effroyables et innommables », en faisant référence aux bombardements sur Goma, abusivement attribués à la rébellion. Deux jours après, il changeait de registre : « Ce conflit peut être résolu seulement par la politique. Pour avoir une solution à long terme, il faut avoir une solution politique. Par exemple, les entretiens de Kampala sont en cours ». Ce qui est faux, la délégation gouvernementale étant depuis belle lurette inscrite aux abonnés absents des négociations. Néanmoins, il prête allégeance à Mary Robinson (« Je suis tout à fait d’accord avec elle », dit-il), l’envoyée spéciale de M Ban Ki Moon, qui fait figure de colombe dans le ballet diplomatique des Grands Lacs.

Il semble qu’il y ait toutefois un clivage réel entre les membres du Conseil de sécurité (en dépit de la récente harmonisation des positions française et américaine) et dans l’appareil onusien, où la direction des Affaires politiques n’approuve pas le jusqu’au-boutisme belliciste du Département des opérations de maintien de la paix (DPKO). Hervé Ladsous, qui dirige ce dernier, y incarne le rêve français de régler les comptes au Rwanda par M23 interposé.

Mercredi 28, au matin, la bataille de Kibati commence avec un déploiement de grands moyens. Des dizaines de chars et d’hélicoptères soutiennent l’offensive terrestre sur toutes les positions des insurgés. En première ligne, les combattants des FDLR — les rebelles hutu rwandais dont les haut gradés ont trempé dans le génocide de 1994 au Pays des mille collines —, dirigés par le lieutenant colonel Napoléon Ndamyinshuti et le major Sikubwabo, sont suivis par les bataillons des FARDC et les éléments tanzaniens et sud africains de la BI.

Or, selon la résolution 2098 du 28 mars 2013, ces derniers ont été déployés au Kivu pour renforcer la Monusco afin d’éradiquer tous les groupes armés et notamment les forces génocidaires, c’est-à-dire les FDLR. Mais sur le terrain, c’est le contraire qui se produit. Les officiers tanzaniens en particulier, étudient, depuis le début de leur mandat, les plans de bataille avec ces protagonistes de l’effroyable extermination de 1994. Ainsi, le 28, avant de donner la parole aux armes, les chefs militaires de ces trois composantes (FARDC, BI et FDLR) se sont réunis dans la localité de Mutambiro, base du contingent tanzanien de la BI. Une collusion dont c’est peu dire qu’elle est malsaine, et qui fait atteindre son plus bas niveau à la dérive de l’ONU en RDC.

Dans son communiqué du jour, le M23 « constate que le choix de la violence fait par le gouvernement de Kinshasa pour le règlement de la crise est une mesure de rupture des négociations de Kampala ». Le président Bertrand Bisimwa, qui en est le signataire, regrette également, au nom du Mouvement, « que la stratégie adoptée par lui, consistant à ne pas tirer avantage des pertes infligées à l’adversaire et de ne se contenter que de la défense de ses positions assignées par la déclaration des chefs d’Etat de la CIRGL du 24 novembre 2012, ait été prise par un signe de faiblesse… ».

D’une grande violence, les affrontements tournent à l’avantage de la rébellion, qui dispose de missiles sol air et d’artillerie provenant des arsenaux des FARDC récupérés lors de la brève occupation de Goma en novembre 2012. Avancé par les insurgés, le chiffre de 340 soldats des FARDC/FDLR et d’une vingtaine de la BI tués n’a pas été démenti. Trois gradés des unités de réaction rapide des FARDC sont aussi faits prisonniers par l’ARC. En poursuivant les assaillants, le M23 est à nouveau arrivé à la périphérie de Goma, du côté du cimetière. En face, les troupes de la coalition installent les canons sur le Mont Goma pour bombarder les rebelles et des obus tombent encore… sur Goma, dans les quartiers Bujovo et Majengo, en faisant un mort et douze blessés. Mais ils tombent aussi de l’autre côté de la frontière, dans le district de Rubavu, en territoire rwandais. De côte de la rébellion, on fait état de la détermination d’« aller faire taire ces armes lourdes qui tuent nos compatriotes » à partir des hauteurs de Goma. En tirant à l’aveuglette, les extrémistes de Kinshasa songeraient-ils, avec la complicité de la France qui dirige de facto l’ensemble de la Mission onusienne, à l’embrasement de la région ?

Jeudi 29, à 8 heures du matin, les habitants de Gisenyi, la ville rwandaise frontalière de Goma, se réveillent sous les bombes. Une dizaine environ, dont celles qui font des victimes au marché d’Imbungangali et au jardin du Café du lac. Selon un analyste, à Kigali les autorités se sentent visées. « Les FARDC leur signifieraient qu’elles sont en train de se battre contre le Rwanda et non contre le M23 », dit-il.

Au village d’Urugwiro, siège de la présidence rwandaise, on garde le sang froid, mais on est ferme. Louise Mushikiwabo, porte-parole du gouvernement et ministre des Affaires étrangères lance un communiqué axé sur trois point principaux : le Rwanda est en mesure de déterminer l’origine des bombes, qui proviennent des positions tenues par les FARDC et les FDLR dans le but de provoquer l’entrée de l’armée rwandaise dans le conflit ; la communauté internationale fait preuve d’une grande hypocrisie lorsqu’elle parle de « protection de civils » pendant que les FARDC et les FDLR tuent des citoyens rwandais comme si leurs vies n’avaient pas de valeur ; ces attaques ont atteint un niveau au-delà duquel « nous n’hésiteront pas à défendre notre territoire ». Paroles suivies par un déploiement massif, en homme et en matériel, en proximité de la frontière avec la RDC, pendant que les combats, d’une rare intensité, se poursuivent dans les faubourgs de Goma.

Sur le front diplomatique, le sous-secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, Edmond Mulet – un « guatemaltèque » au nom si français, adjoint d’Hervé Ladsous –, ne joue pas à l’apaisement. Ce fonctionnaire au parcours politique obscur se fait le colporteur d’« informations cohérentes et crédibles », dont il fait état il fait état lors d’une réunion à huit clos du Conseil de sécurité, selon lesquelles, il y aurait eu « une récente infiltration de troupes rwandaises en RDC », la responsabilité des roquettes tombées en territoire rwandais incombant par ailleurs au M23. Cependant, les membres du CS bloquent une initiative franco-américaine visant à sanctionner deux officiers du M23. Un deuxième échec dans l’espace d’une semaine, derrière lequel se profile un front du refus de la guerre régionale.

A Kinshasa, au sein de la famille présidentielle, on ne se résigne pas à la défaite. Si la coalition, avec le support de la Brigade, ne peut pas gagner la guerre, on se dit prêt à tout pour l’internationalisation du conflit… A Goma, le ministre de l’Intérieur, Richard Muyej, un proche du président Kabila, promeut la chasse aux Tutsi : « Soyons prudents. Nous sommes peut être infiltrés. Identifions ces infiltrés et présentons les devant les services pour qu’ils soient neutralisés. Nous n’accepterons pas qu’on vienne marcher sur nous ». En même temps, selon nos sources à Kinshasa et au sein des FARDC, les officines du régime ne démordent pas. Un Plan B est peut être en préparation…

Vendredi 30, coup de théâtre. Martin Kobler, patron de la Monusco, est monté au créneau pour éviter le pire. A sa demande, la direction politico-militaire du M23, par la voix de son président Bisimwa, accepte de reculer de 5 kilomètres de la ligne de front et quitte la position de Kanyaruchinya. Le M23 proclame également un cessez-le-feu unilatéral tout en exigeant, de la part du gouvernement, son retour à la table des négociations à Kampala, en Ouganda.

Dans une lettre ouverte au Secrétaire général des Nations unies, M. Ban Ki Moon, le mouvement dénonce « la logique de la guerre totale » que la France livre au M23 sur le triple plan militaire, médiatique et politique et à travers le Département des opérations de maintien de la paix (DPKO). Face à une déclaration du même Ban Ki Moon, qui accuse l’organisation de tirs sur « la population civile à l’Est de la RDC et dans les zones frontalières au Rwanda », le document réfute ces allégations, preuves balistiques à l’appui, et réitère l’urgence d’une commission indépendante d’enquête pour déterminer les auteurs des bombardements sur Goma et en territoire rwandais. On lit, dans le dernier paragraphe, que le mouvement n’hésitera pas à reprendre les positions abandonnées si le gouvernement persiste dans l’option militaire.

La logique de cette guerre veut ainsi que la partie gagnante sur le plan militaire ne puisse pas engranger, au moins pour l’instant, le bénéfice de ses avancées. Néanmoins, si le M23 a décidé de se retirer de Kanyaruchinya pour permettre le déroulement de l’enquête demandée, la direction du mouvement s’empresse aussi de souligner combien les allégations de la Monusco et du DPKO sont peu crédibles, en tant que parties au conflit. Sans broncher, Hervé Ladsous venait en effet de faire confirmer les dites allégations par ses hommes de confiance au micro de RFI (Mulet pour les roquettes au Rwanda et Alexis Lamek, adjoint de l’ambassadeur français à l’ONU, pour celles de Goma).

D’une part, le parti de la guerre n’a pas dit son dernier mot et peut compter sur le soutien récent d’une bonne partie de l’administration américaine et sur celui, encore plus récent, de Ban Ki Moon. De l’autre, les clivages qui se manifestent au sein du Conseil de sécurité et de l’appareil onusien dans son ensemble tiennent certainement compte de l’opposition ferme de deux blocs régionaux africains, la CIRGL et l’East african community, à une solution militaire de la crise dans l’Est de la RDC. Une option qui, comme on vient de le voir, mène tout droit à la guerre régionale. Le Rwanda autant que le M23 pourront prendre acte de cet équilibre subtil et établir que, dorénavant, ce n’est plus qu’à eux seuls de faire les compromis nécessaires pour éviter la conflagration.

Depuis hier, Mary Robinson est en tournée dans la région. Première étape à Goma. Dernière, vendredi, à Kigali. La réussite de son mandat — mettre sur les rails un véritable processus de paix — résidera dans son habilité à imposer la logique du compromis à ceux qui se sont réunis, jusqu’à présent, au sein du parti de la guerre. Ce qui n’est certes pas facile.

L’Agence d’information

Mis en ligne par L’Agence d’information
 3/09/2013
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