24/01/2014

Cinq ans après la mise en résidence surveillée au Rwanda – et dans une situation de non-droit –, de l’homme qui, seul, avait esquissé un dessein de paix pour la région des Grands Lacs, on revient sur les causes de la déstabilisation dans l’Est de la RDC, que les acteurs occidentaux de la crise congolaise persistent à ignorer, et auxquelles en revanche le président du CNDP avait voulu s’attaquer au prix de sa liberté. Pour cela, son élargissement demeure une étape fondamentale pour le rétablissement de la stabilité et la fin des violences.

Five years after the house arrest in Rwanda – and in a situation of lawlessness –, of the man who alone had sketched a plan for peace in the Great Lakes region, the debate reopens on the causes of the destabilization in eastern DRC, that the Western actors of the Congolese crisis continue to ignore, and which on the other hand the President of CNDP wanted to address, at the cost of his freedom. His enlargement is a fundamental step towards the restoration of stability and an end to violence.

9 janvier 2014

Il est aujourd’hui important d’interpeller la communauté nationale sur un cas dont elle ne parle pas et les rares fois qu’elle en parle, c’est en mal. Il s’agit du général Laurent Nkunda.

En 2003, après la signature de l’accord de Sun City entre le gouvernement de Kinshasa et les deux rébellions du RCD et du MLC, et avant la mise en place des institutions de la Transition, le président Kabila décidait de récompenser les rebelles hutu rwandais des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR), dirigées par les anciens responsables du génocide des Tutsi de 1994 (membres des milices Interahamwe et des anciennes Forces armées rwandaises), pour le soutien apporté à son armée, les FAC. Il les dote en armes et munitions et les fait transférer au Kivu, près du Rwanda, leur cible, dans le but d’effacer les traces de leur présence et de leur collaboration antérieure. Les FDLR proviennent principalement des provinces de l’Equateur, du Kasai et de la partie du Katanga anciennement sous contrôle de Kinshasa. Elles transitent ainsi par l’axe Nyunzu-Ubwari-Fizi-Kilembwe-Lulingu (ancien fief du commandant mai-mai Padiri, dans le territoire de Shabunda, au Sud-Kivu)-Walikale-Masisi-Rutshuru (aux portes du Rwanda).

Alors que toute la direction du RCD, qui administrait cette partie du pays, davantage préoccupée de donner les gages de sa bonne foi, se précipite à Kinshasa, seul le général Nkunda comprend les manœuvres de Kabila et réalise le danger qui s’annonce.

Il refuse de répondre à l’appel et d’abandonner la population à son sort face à ces génocidaires qui font leur retour dans la région avec la bénédiction de Kabila. Et lorsque ces derniers commencent leurs exactions contre les populations civiles et que le Rwanda dénonce leur présence, Kinshasa ne manque pas de lieutenants, dont le plus brillant restera Vital Kamerhe, pour dire que les Interahamwe n’existent pas et que, s’il y en a, c’est la faute du Rwanda qui a administré cette partie pendant cinq ans avec le RCD.

Dans ce concert d’accusations réciproques entre la République Démocratique du Congo et le Rwanda, la population vit l’horreur et meurt en silence. Face à l’inaction de l’Etat, des milices d’auto-défense se constituent sur des bases tribales. Le chaos s’annonce et les confits inter ethniques renaissent.

Face aux menaces du Rwanda de ramener son armée pour affronter les FDLR au Kivu et au risque croissant de guerres ethniques, le général Nkunda, interpellé par sa conscience, décide de créer une coordination de ces forces d’auto-défense contre l’ennemi commun – les FDLR. Et cela pour faire face à l’insécurité qu’elles créent, poussant des milliers des Congolais à aller chercher refuge loin de chez eux. Ainsi naquit le Congrès National pour la Défense des intérêts du Peuple (CNDP), pour exiger du gouvernement de contribuer à la sécurisation et à la pacification du Kivu à travers des actions concrètes consistant à :

• neutraliser et rapatrier les FDLR dans leur pays ;

• mettre fin à l’existence des milices tribalo-ethniques ;

• organiser le retour des réfugiés congolais et des déplacés dans leurs milieux d’origine ;

• favoriser une vraie réconciliation nationale pour garantir la cohabitation pacifique ;

• mettre en place une véritable Armée et une Police nationale ;

• œuvrer pour l’intégration régionale, gage du développement du Kivu, en améliorant les relations avec les états voisins.

En quoi cela était un crime ?

Comme d’habitude, au lieu d’examiner la pertinence de ces revendications, on a regardé le faciès de Nkunda et on l’a transformé en un agent au service du Rwanda.

Toujours prompt à faire preuve de bonne volonté pour contribuer au règlement pacifique du conflit et mettre le gouvernement de la RDC devant ses responsabilités, le Rwanda a procédé, en janvier 2009, à l’arrestation de Laurent Nkunda, et facilité les négociations qui ont abouti à la dissolution du CNDP comme mouvement politico-militaire et à l’intégration de ses hommes dans l’armée nationale de la RDC.

De nombreux points de l’accord qui a mis fin à ces négociations n’ont pas été respectés par le gouvernement et ont conduit, trois ans après, à la création du Mouvement de 23 mars, qui en a revendiqué leur pleine exécution.

Le Rwanda, qui croyait aider son voisin à bien faire, s’est retrouvé récompensé en se voyant accusé d’être le promoteur et le soutien du M23 dans sa lutte contre le gouvernement. Alors qu’il garde sur son sol comme une charge encombrante un citoyen congolais dont rien ne justifie la séquestration. Il est ainsi en train de payer sa bonté à l’égard d’un régime ingrat qui a décidé de faire du Rwanda la victime expiatoire et son bouc émissaire sur qui on doit porter la responsabilité de tout ce qui ne marche pas en RD Congo.

Comme Nkunda, le Rwanda est victime de son altruisme, avec la seule différence que Nkunda y était obligé par devoir envers sa patrie, alors que rien n’obligeait le Rwanda de l’arrêter. Il s’en est mêlé et il en a pour son compte, dirait-on.

Mais entre temps, Laurent Nkunda reste détenu injustement au Rwanda, qui se dit « coincé » par son cas, et les conflits qui ont été à la base de son arrestation perdurent tant à l’intérieur de la RDC qu’entre cette dernière et son voisin le Rwanda.

Ainsi, cinq ans après la neutralisation de Laurent Nkunda par le Rwanda et trois mois après le retrait du M23 de la scène, les problèmes posés par Laurent Nkunda depuis 2004, repris par le M23 en 2012, restent entiers, et tendent même à s’intensifier au regard de ce qui se passe en ce moment en RD Congo.

D’où les deux questions suivantes qu’il faut poser encore à tous les Congolais :

1. Pourquoi veut-on reproduire aujourd’hui face au M23 une solution qui a échoué en 2009 face à Laurent Nkunda ?

2. Pourquoi le gouvernement congolais ne ramènerait-il pas Laurent Nkunda au pays pour qu’il fasse partie de la solution, alors que tout démontre que ce n’était pas lui le problème ?

Débattre sans passion de ces questions et y apporter les réponses, c’est aider la RDC à sortir du cycle des conflits et à retrouver sa cohésion.

Le seul crime de Laurent Nkunda sera d’avoir refusé les honneurs de servir les intérêts d’un homme, Joseph Kabila, pour au contraire servir sa patrie et son peuple.
S’il n’avait pas fait ce choix, non seulement le Kivu se serait embrasé, mais aussi toute la sous-région des Grands Lacs.

Marius Kisombe

Comité International pour la libération du général-major Laurent Nkunda Mihigo

Mis en ligne par L’Agence d’information
 24/01/2014
 http://lagencedinformation.com/058-pour-la-liberation-de-laurent.html
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Mis en ligne par L’Agence d’information

 24/01/2014