Fin de partie en RDC ? @ L'Agence d'Information

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Fin de partie en RDC ?

Bientôt l’aube pour l’Afrique ?

1er/06/2017 Analyses

Où l’on signale l’importance de l’accord signé entre les USA et l’Angola, le 17 mai 2017, pour le vingtième anniversaire du renversement de Mobutu. Que Luanda ait aussitôt massé ses troupes à la frontière de la RDC semble confirmer que cet accord, dans lequel Washington invite l’Angola à faire le gendarme de la région, pourrait bien être suivi d’effet. Si c’était le cas, c’est l’ensemble de l’ordre françafricain, avec sa guerre révolutionnaire et ses pseudos "forces de maintien de la paix de l’Onu", qui pourrait s’effondrer comme un château de cartes...


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Le 17 mai était l’anniversaire du renversement de Mobutu après un règne interminable, comme pour tenter de faire oublier le lâche assassinat de Patrice Lumumba par les Affreux, ces mercenaires venus au secours de la sécession katangaise de Tshombé, envoyés par Pierre Messmer, ministre des Armées du général de Gaulle, sous le commandement du fameux colonel Trinquier. C’est ainsi que s’ouvrait le bal de la guerre révolutionnaire au Congo. L’immense pays-continent qui occupe une bonne part de l’Afrique centrale avait l’honneur d’être le premier terrain d’expérimentation des théories élaborées par le colonel Lacheroy en Indochine, puis enseignées par celui-ci à Paris – et à Arzew, en Algérie. Le colonel Roger Trinquier, après des prouesses indochinoises, avait brillé en Algérie, dans la guerre des Aurès comme dans la bataille d’Alger, jusqu’au 13 mai 1958 où il forçait les grilles du Gouvernement général à Alger pour ouvrir les portes du pouvoir au général de Gaulle à Paris. [Sur la mort de Lumumba comme sur le coup du 13 mai, on trouve le détail des confessions de Trinquier dans ses mémoires, Le temps perdu, publiées chez Robert Laffont.]

Bien des années plus tard, en 1997, Jacques Foccart mourrait pendant que ses mercenaires perdaient la bataille de Kisangani, et Mobutu perdait, lui, le pouvoir avant de mourir en exil à son tour. C’était il y a vingt ans. Laurent-Désiré Kabila entrait à Kinshasa avec l’appui des troupes rwandaises de James Kabarebe, libérant le pays de plus d’un tiers de siècle d’oppression néo-coloniale. Les historiens du futur reconstitueront comment dès le départ, dans les rangs de l’AFDL que Kabila père menait à la victoire, on trouvait déjà conseiller françafricain. Ce qui semble avoir produit son effet, moins de deux ans après, Kabila dénonçant l’alliance rwandaise ; et Kabarebe faisait ses bagages en même temps que, sous la férule du terrible Abdoulaye Yerodia, une propagande goebbelsienne déferlait sur le nouveau Congo, suscitant jusqu’à des pogroms anti-tutsi à Kinshasa et ailleurs, et installant durablement ce qu’on appelle la « rwandophobie » dans le paysage mental du pays.

Cette reprise en mains se sera faite avec l’appui de la principale puissance régionale, l’Angola, depuis longtemps étroitement associée à la Françafrique par les liens du pétrole et de vingt-cinq ans de guerre civile, où Paris saura jouer habilement des deux feux, Unita dans la guérilla et MPLA à Luanda. Avec la mort du leader de l’Unita, Jonas Savimbi, l’Angola s’est enfin trouvée en paix, n’ayant plus que des millions de mines laissées en héritage par la guerre et le pactole d’un pétrole abondant. Reste aussi une armée, la plus puissante et la plus aguerrie d’Afrique.

Après quelques années, Kabila-père se retrouvait débarqué, assassiné, au bénéfice de son fils Joseph, installé avec le soutien de Luanda, soutien indéfectible au long de ses deux mandats. Au terme du deuxième, une série de problèmes apparaissent. On ne parvient pas à faire des élections. Dresser les listes électorales serait impossible… ou très long… prolongeant d’autant le séjour à la tête de l’Etat d’un Président contesté de tous côtés. Joseph Kabila se maintient, refusant même de jouer le jeu d’un dialogue avec l’opposition qui pourrait l’engager à un partage du pouvoir. Il finit par débaucher, récemment, quelques figures de l’opposition pour faire un gouvernement, mais s’enfonce dans la répression, laissant libre cours à son appareil de sécurité militaro-policier.

Ainsi que l’a révélé l’Agence d’information, il existe donc un « cabinet noir », dans la plus pure tradition des « hiérarchie parallèles » chères aux colonels Lacheroy et Trinquier. Et ce « cabinet noir » s’occupe à appliquer la doctrine de ces messieurs dans ce magnifique terrain d’expérimentation d’un immense pays fractionné en une multitude d’ethnies, groupes et sous-groupes… Un rêve pour doctrinaires de la guerre révolutionnaire…

Le désordre ainsi savamment entretenu, on s’est offert par-dessus le luxe d’une « intervention » de l’ONU hors-norme, avec une Monusco forte de 20 000 hommes, dont une exceptionnelle « brigade offensive » de 3000 hommes, qui ne permit pas seulement de se faire la main sur le M23 à grands renforts de « rwandophobie », écartant le danger de cette opposition politico-militaire trop efficace à l’Est. La « brigade offensive », employée, en 2013, une très brève saison au Kivu, mobilisant sud-africains, malawites et tanzaniens sous direction française, aura surtout servi à faire évoluer sans bruit la pratique des dites « Forces de maintien de la paix de l’ONU », sous direction française, dont bon nombre a pu être aussitôt déployé au Mali, comme supplétifs de l’intervention française.

Pendant que la sale guerre se perpétue au Kivu d’autant plus librement que le M23 n’y fait plus contrepoids ; après que les méthodes de cette même sale guerre aient été déployées au Beni, et maintenant au Kasaï, par le « cabinet noir » et ses troupes d’« élite », spécialisées en massacres, mutilations et viols de civils, l’impunité totale de Kabila et de ses forces de répressions « spéciales » aurait atteint un point limite avec ce que nous appelons à l’Agence « l’experts-gate ». Le meurtre gratuit de deux experts de l’ONU venus pour enquêter sur la quarantaine de charniers découverts dans le Kasaï aura été la goutte d’eau de trop.

On ne peut se consoler en pensant que la mort de Zaïda Catalan et de Michael Sharp n’auront pas été inutiles, s’il est vrai que cela aura servi de détonateur à une prise de conscience qui mûrissait. Déjà, les exactions commises par les sbires du « cabinet noir » – parmi lesquels les sinistres « hiboux » de la 31e brigade –, avaient été assez voyantes pour que des sanctions contre cet état-major parfaitement identifié soient à l’étude depuis un moment avant d’être prononcées récemment, en particulier par l’Union européenne.

L’Agence d’information a pu rapporter comment la délégation française s’est illustrée par une défense plus que symbolique de « ses » hommes, en tentant d’arracher à ce banc d’infamie d’abord Kalev Mutond, le chef du Renseignement, puis Mundos, le général des basses œuvres, mais sans succès face à la cohérence des dossiers d’accusation semble-t-il, puisque la délégation anglaise l’emportera sans peine au terme de quelques jours de débats…

Sanctions symboliques mais non moins signifiantes lorsqu’on constate comment cette liste aura été bien faite, ciblant précisément tout l’état-major de la guerre révolutionnaire au sein de l’armée, de la police comme du gouvernement. Tous les responsables identifiés.

Ce qui n’ajoute certes pas au crédit de Kabila fils, puisque ses premiers ministres successifs sont dans la liste, en plus du chef de sa police et toute sa garde rapprochée…

Le pire restait à venir pour que l’anniversaire soit complet, ce sombre 17 mai 2017, sombre jour dans l’histoire du kabilisme où, pour ses vingt ans, résonnait le glas d’une fin annoncée. D’abord, tout près, à la prison de Kinshasa, dont se sont évadées 4500 personnes, en laissant 500 morts. L’évadé principal, Ne Muanda Nsemi, leader politico-religieux de la région frontalière du Bas-Congo, se réfugiait aussitôt en Angola. On relèvera la coïncidence : la garde qui n’est pas intervenue malgré les appels au secours du directeur de la prison a été formée, et était encadrée, par des officiers angolais, jusqu’en décembre dernier.

Le problème étant qu’à la frontière du Kasaï les réfugiés se multiplient, rescapés de la guerre révolutionnaire entreprise là par le cabinet noir et ses troupes de choc, et les angolais en reçoivent par dizaines de milliers, y compris marqués de coups de machettes. Le successeur désigné d’Eduardo Dos Santos, Joao Lourenço, déjà intronisé par le congrès du MPLA et d’ores et déjà président en exercice, a pris le dossier en main.

Dès le mois de décembre, Kabila s’accrochant au-delà de son deuxième mandat, l’Angola arrêtait toute coopération militaire, retirant en un jour son encadrement à l’armée de la RDC… après près de dix-neuf ans de bons et loyaux services… Mais ce 17 mai, pendant que ses services assuraient spectaculairement l’exfiltration d’un leader séparatiste pouvant servir, Joao Lourenço, lui, était… à Washington, capitale du monde.

Il était reçu le matin au Pentagone, et il signait dès l’après-midi un accord de coopération militaire bilatéral avec Washington, assurant fourniture de matériel et munitions afin de rétablir l’ordre en Afrique centrale, soit explicitement dans trois pays, la République centrafricaine, le Burundi, et la République démocratique du Congo, la RDC où monsieur Kabila s’accroche au pouvoir.

Dès le lendemain, 18 mai, toujours à Washington, le Sénat votait les crédits de cette opération. Et, dans la semaine, les troupes angolaises se massaient à la frontière de la RDC avec tanks et canons.

« On ne connaît pas la fin de l’histoire d’Oum le dauphin », chantait-on, enfant, jadis. Aujourd’hui, bien malin qui prédirait la suite. On a débattu de savoir s’il fallait titrer cet article « Fin de la Françafrique »…

La question des moyens n’est pas en cause. Même sans l’aide et l’aval américain, l’armée angolaise a largement la capacité de balayer les forces quasi inexistantes de ces voisins, parmi lesquels les plus aguerris sont probablement ces lamentables hiboux qu’il s’agit simplement de mettre hors d’état de nuire. Sans avoir à vraiment combattre, le temps d’une promenade militaire, l’Angola peut s’imposer effectivement à la région. Une politique vigoureuse de désarmement généralisé, accompagnée dans chaque pays de la protection d’élections libres permettant la mise en place d’institutions légitimes, voilà qui suffirait à changer en un clin d’œil les perspectives pour cette région qui s’englue depuis trop longtemps dans la pire des gestions françafricaines.

Les richesses minérales y sont de toutes façons extraites, et toujours de façon satisfaisante, les diamants finissant toujours aux cous des baronnes, et toujours par l’entremise de la De Beers. Un monde extraordinairement bien ordonné. Un monde immobile depuis Léopold II, roi des belges et propriétaire du Congo à titre personnel, où les cadavres ne se comptent pas et où l’espérance de vie ne dépasse toujours pas les cinquante ans. Un ordre surtout pollué depuis un bon demi-siècle, par les apprentis sorciers de la guerre révolutionnaire française.

C’est ainsi non seulement le règne de Kabila qui est appelé disparaître, mais tout le mode de gestion de l’espace néo-colonial qui pourrait bien avoir été mis en cause radicalement par ces accords de Washington du 17 mai.

Convenons que ce n’est pas économique, 20000 hommes de Monusco pour rien. Sans parler de l’assistance massive aux FARDC, dont on voit le résultat. C’est à bien moindre coût que l’armée angolaise peut s’acquitter de l’indispensable rétablissement de l’ordre dans la région après un demi-siècle de désordre entretenu sciemment par les innombrables expériences de guerres révolutionnaires à la française.

Un des actuels maîtres de cet art si particulier de la guerre, le général Baillaud, aurait été justement été rappelé en RDC, dont il était parti il n’y a pas si longtemps, auréolé de sa victoire contre le M23.

On ne peut qu’espérer dans sa sagesse, et qu’il saura gérer cette transition délicate d’un ordre ancien vermoulu qu’on devrait voir s’effondrer comme château de cartes, la Françafrique, vers un nouvel âge démocratique, seule voie pour que l’Afrique accède enfin au droit de vivre.

Pour l’Agence d’information,

Michel Sitbon

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