"Cette guerre dont la France est le porte-étendard"

3/09/2013
3/09/2013

Le scandale des bombardements de la ville de Goma et du territoire rwandais par les FARDC demeure impuni, et l’Onu ne s’alerte pas de la mise hors jeu par la RDC de l’organisme chargé de contrôler les actions militaires transfrontalières. La France se retrouve à la direction des opérations, n’hésitant pas à mobiliser les forces génocidaires rwandaises auxquelles elle est alliée depuis plus de vingt ans.

The scandal of the bombing of the city of Goma and Rwanda by the FARDC remains unpunished, and the UN does not alert the retirement set by the DRC of the body to monitor cross-border military actions. France finds itself in the lead, and does not hesitate to mobilize the Rwandan genocidal forces which it’s allies since over twenty years.

En avril dernier, nous participions au colloque "Rwanda : 20 ans ça suffit !". Cet intitulé signifiait alors dans notre esprit qu’il était grand temps que la France reconnaisse ses responsabilités majeures dans le génocide des Tutsi intervenu en 1994 au Rwanda. Nous ne savions pas combien ceci était chargé d’un autre sens, encore plus lourd, car depuis vingt ans, en fait, le crime continue – et particulièrement aujourd’hui, au Kivu, dans le contexte de manœuvres confuses qui ne visent qu’à prendre une revanche sur la défaite infligée par le FPR de Paul Kagame aux alliés génocidaires de Paris.

On se souvient de l’opération Turquoise qui permit le repli des forces génocidaires à l’est du Congo. Celles-ci auront bénéficié du soutien constant de la France, assez efficace pour qu’ils soient toujours là, à l’abri de la justice internationale.

Aujourd’hui, ce soutien atteint son comble à l’heure où ces forces génocidaires rwandaises, toujours animées d’une volonté de revanche, affichant le désir de "terminer le travail" – soit de procéder à un deuxième génocide des Tutsi –, se retrouvent en première ligne d’un conglomérat de forces où participent… les casques bleus de l’ONU !

On se souvient aussi de comment il y a vingt ans, les casques bleus présents au Rwanda avaient brillé par leur impuissance à empêcher le génocide. Le général Dallaire qui les commandait a témoigné de combien ceci avait pu être douloureux, et de comment les instructions de sa direction à New York avaient pu être absurdement contre-productives.

Aujourd’hui, le scénario s’est singulièrement dégradé à l’heure où la brigade d’intervention – appelée de leurs vœux par de multiples pétitionnaires parmi lesquels on distinguait Jacques Chirac et Valérie Trierwieler, et créée par la résolution 2098 adoptée par le Conseil de sécurité en mars dernier – se retrouve directement engagée dans des combats aux côtés des forces armées congolaises (FARDC) et des forces génocidaires rwandaises (FDLR), contre le M23.

Pire encore, on aura assisté la semaine dernière à des bombardements répétés du territoire rwandais, comme de la ville de Goma, de la part des FARDC qui font tout ce qu’elles peuvent pour internationaliser la crise, et faire entrer le Rwanda en guerre contre la coalition hétéroclite qu’elles constituent avec la brigade offensive onusienne et diverses milices parmi lesquelles l’armée des FDLR.

Il se trouve que ces bombardements ont un précédent, au mois de juillet, et que l’organisme de contrôle des mouvements militaires sur cette frontière – constitué d’officiers représentants onze États de la région, parmi lesquels la RDC et le Rwanda –, convoqué pour identifier la provenance de ces obus tombés en territoire rwandais, avait conclu qu’ils avaient été lancés par les FARDC.

La semaine dernière, le général Muhesi, dirigeant cet organisme de vérification régional, a été déclaré persona non grata en RDC. Deux jours plus tard les bombardements reprenaient.

Ainsi, des bombes tombent aussi bien en pleine ville, à Goma, que sur divers points du territoire rwandais, non sans faire de victimes parmi la population, sans qu’aucune expertise balistique n’ait été produite pour déterminer les responsabilités.

Ceci n’aura pas empêché le secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki Moon, aussi bien que le président Obama ou divers responsables onusiens, de commettre nombre de déclarations irresponsables – et non moins contradictoires – accusant tour à tour le M23 et le Rwanda de ces bombardements…

Face à ce monument de désinformation, le M23 a décidé de se retirer de la ligne de front, abandonnant des positions qu’il maintenait avec succès contre ses adversaires depuis de nombreuses semaines, pour faciliter le travail d’éventuelles commissions d’enquête internationales auxquelles il appelle mais qu’on ne voit toujours pas se manifester.

Dans une lettre ouverte adressée au Conseil de sécurité de l’ONU, le président du M23, M. Bertrand Bisimwa, dénonce "la logique de la guerre totale dans laquelle se trouve engagé en ce moment le Département en Charge des Opérations de Maintien de la paix des Nations-Unies""cette guerre dont la France est le porte-étendard".

Rappelons qu’à titre formel, au Conseil de sécurité, c’est la France qui "tient la plume" de l’ONU, c’est-à-dire que c’est le représentant de la France en son sein qui est chargé de rédiger les projets de résolutions pour ce qui concerne la RDC. On aura pu relever qu’au-delà de cette fonction essentielle, c’est aussi un Français, M. Hervé Ladsous, qui dirige le DKPO, le département des forces de maintien de la paix, donc le patron de ces casques bleus qui ne répugnent pas à s’engager au Kivu associés aux FDLR, organisation génocidaire par ailleurs considérée comme terroriste par le Département d’état américain.

M. Ladsous était déjà là en 1994, représentant la France au Conseil de sécurité, et on lui doit, entre autres, d’avoir recommandé de ne pas procéder à l’arrestation des membres du gouvernement génocidaire lorsque ceux-ci sont passés par la zone Turquoise. Aujourd’hui, il protège la collaboration non seulement avec les FDLR mais de surcroît avec des unités des FARDC connues pour être les principales responsables des viols massifs contre lesquels la brigade offensive aura été prétendument mobilisée. M. Ladsous se distingue aussi pour refuser de répondre aux questions gênantes que peuvent être amenés à lui poser des journalistes lors des fréquents points de presse qui se tiennent au Palais de Verre de New York.

Depuis plusieurs mois, on a pu aussi voir passer des dizaines de mercenaires français au Kivu, dont on se demande ce qu’ils peuvent bien faire là… De même, l’adjoint du porte-parole de la Monusco, le colonel Félix Basse, sénégalais, est un Français. Quant à l’assistant guatemaltèque de M. Ladsous, M. Edmond Mulet, son prénom et son patronyme laissent penser qu’il pourrait fort bien être en fait plus français que guatemaltèque… Etc.

Au-delà d’Hervé Ladsous, c’est le gouvernement de Jean-Marc Ayrault qui est engagé dans cette voie criminelle. Il ferait mieux de s’en aviser.

Pour l’Agence d’information, Michel Sitbon

Mis en ligne par L’Agence d’information
 3/09/2013
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