Après Nairobi, Kinshasa reste constant dans son intolérance

28/12/2013
28/12/2013

Après une nouvelle offensive des rebelles ougandais dans l’Est du pays, qui a encore une fois mis en évidence l’incapacité de se battre de la part de l’armée régulière des FARDC, le gouvernement congolais recourt à l’intox et accuse le M23, avec lequel il vient pourtant de signer les protocoles de Nairobi. Une mauvaise manière d’entamer le processus de paix.

After a new offensive of the Ugandan rebels in the east of the country, which once again highlighted the incapacity to fight on behalf of the regular army of the FARDC, the Congolese government resorts to disinformation and accuses M23, with which it has nevertheless just signed the protocols of Nairobi. A bad way of beginning the peace process.

L’Agence d’Information, 26/12/13

Une ampoule qui brûle, un pétard qui pète ou un pneumatique qui éclate et voilà qu’on pointe le doigt vers le fantôme du M23, le mouvement rebelle qui en fait a cessé d’exister depuis la fin des pourparlers de Kampala conclus à Nairobi, le 12 décembre, devant nombreux chefs d’états africains.

La dernière en date est bel et bien l’attaque de Kamango (Nord-Kivu), non-interceptée par les drones d’observation de l’ONU, et attribuée faussement au mouvement de Bertrand Bisimwa qui est en train de se métamorphose en parti politique.

Les faits. Le 16 décembre, les rebelles Ougandais de l’ADF-Nalu attaquent les villages de Musuku et Mwenda, situés dans le territoire de Beni, au Nord-Kivu. L’incursion se solde par une vingtaine de victimes, pour la plupart des femmes et des jeunes filles, horriblement mutilées avant d’être achevées à la machette. Les mêmes forces, qui contrôlent 21 localités sur les 25 de la chefferie de Watalinga et rêvent de franchir la frontière ougandaise pour détrôner le président Museveni, lancent, le jour de Noël, une offensive sanglante sur Kamango. L’armée régulière (FARDC) – devenue dans l’imaginaire des Congolais l’une des plus performantes de la région grâce à une campagne médiatique savamment orchestrée et aux analyses des experts activistes – prend vite la poudre d’escampette. Derrière elle, une quarantaine da cadavres gisent sur le terrain.

D’ailleurs, les maux chroniques de cette armée restent sans solution. Les 20 et 23 décembre, les épouses des soldats de la région militaire du Sud-Kivu manifestaient à Uvira pour réclamer le paiement de trois mois de soldes de leurs maris avant d’être dispersées à coups de fouet. A noter que, selon les mêmes experts en service commandé, le paiement des salaires des militaires aurait été l’une des nouvelles données à la base de l’honneur retrouvé des FARDC…

Pendant tout ce temps, les coûteux drones de Hervé Ladsous, le flamboyant patron du Département des opérations de maintien de la paix (UN-DPKO), somnolent dans les hangars de l’Aéroport de Goma par manque de courant électrique... Un technicien de l’Aéronautique civile sur place en veine de blagues se demande s’il ne faut pas trouver un arrangement en vue de les charger à Gisenyi au Rwanda… Moins voués à l’ironie, les habitants du quartier de Ndosho, dans la ville gomatracienne, multipliaient les barricades, le jour auparavant, dans les rues de l’agglomération en proie à une vive exaspération due à ces persistantes coupures d’électricité et également d’eau potable.

Or, malgré les déclarations du porte-parole des FARDC qui pointent de doigt les combattants de l’ADF-Nalu, le communicateur du gouvernement, Lambert Mende, accuse des affrontements de Kamango l’ex-M23, devenu pourtant partenaire du gouvernement dans un processus de paix, il est vrai, encore à ses premiers pas. Le tout sans pour autant ménager le Rwanda et l’Ouganda voisins, qui continueraient à comploter contre la RDC, alors qu’ils se sont, au contraire, patiemment investis dans la recherche d’un dénouement pacifique au conflit en vue de stabiliser l’Est du Congo.

La « société civile » du Nord-Kivu, officine émanant de la police politique de Kabila, relai local de la propagande de Kinshasa, travaille sans répit à convaincre les Occidentaux des prétendues ingérences rwando-ougandaise, affabulations qui contribuent à perpétuer la mise sous tutelle du pays. Il en est de même des autorités locales à Beni, qui ont vite attisé la désinformation. « Le responsable de la chefferie de Watalinga, Saambili Bamukoka, affirme que ces assaillants lourdement armés et bien équipés sont des rebelles du M23 venus de l’Ouganda voisin déguisés en ADF/Nalu », s’est empressé de rapporter Radio Okapi.

Même si elle a sauvé la Mission onusienne (MONUSCO) de ses déboires dans sa tentative de ramener la paix au Kivu, la « solution africaine » du processus de Kampala, qui a abouti aux accords de Nairobi et a été menée par la Conférence internationale de la région des Grands lacs (CIRGL), ne semble pas plaire à ceux qui veulent maintenir l’Afrique dans une éternelle dépendance, avec la France en tête de liste.

En réalité, si Kinshasa veut respecter l’esprit de Nairobi et réussir une réconciliation nationale qui demeure le seul gage d’une paix durable, son gouvernement doit au plus tôt se défaire d’opérateurs politiques incapables de transcender leurs discours haineux et xénophobes.

Les causes profondes de la guerre au Kivu nécessitent une sérieuse thérapeutique, ce qui exige une mutation culturelle de la classe politique et l’éloignement des charlatans de ses rangs.

Pour l’Agence d’information, El Memeyi Murangwa

Mis en ligne par L’Agence d’information
 28/12/2013
 http://lagencedinformation.com/054-apres-nairobi-kinshasa-reste.html
Sauf mention contraire, droits de reproduction et diffusion autorisés selon la licence Creative Commons Attribution BY-SA 4.0

Les habits neufs de l’empire
Guerre et désinformation dans l’Est du Congo

Acheter en ligne (Aviso éditions)


 En savoir plus

 En images

Voir aussi

RDC. Passage en force de Kabila

 Kabila tente de disperser l’opposition unie dans le RASSOP, en débauchant en son sein tout en refusant de réellement l’inclure ainsi que le prévoyaient les (...)

Kabila tente de disperser l’opposition unie dans le RASSOP, en débauchant en son sein tout en refusant de réellement l’inclure ainsi que le prévoyaient les accords du 31 décembre. Selon un observateur attentif de la situation dont l’AI rapporte les propos, travailler à la formation d’une coalition de toutes les forces qui s’opposent à la dictature est la seule voie d’issue à la crise actuelle.

Mis en ligne par L’Agence d’information

 19/05/2017

Pourparlers de paix et préparatifs de guerre

 Malgré la reprise des pourparlers à Kampala, la perspective d’un accord entre le gouvernement rdcongolais et le M23 semble s’éloigner. Hier, mardi 18 jun, aucun (...)

Malgré la reprise des pourparlers à Kampala, la perspective d’un accord entre le gouvernement rdcongolais et le M23 semble s’éloigner. Hier, mardi 18 jun, aucun échange direct entre les deux parties n’a en effet eu lieu. Des observateurs sur place font état d’importants mouvements de troupes, dans la nuit du 18 au 19, impliquant des éléments sud-africains de la Brigade de l’ONU, des FARDC et des FDLR autour des positions tenues par le M23.
Despite the resumption of negotiations in Kampala, the prospects of an agreement between the DRC Government and M23 seem to be receding. In fact, during the day of Tuesday June 18 there were no direct exchanges between the two parties. Local observers report important troop movements during the night of Jun 18-19, involving South African elements of the UN’s Intervention Brigade, the FARDC and the FDLR, around the positions held by M23.

Mis en ligne par L’Agence d’information

 19/06/2013

Kivu : la remobilisation meurtrière du racisme

 Depuis bientôt vingt ans les FDLR font régner la terreur dans toute la région du Kivu. Vingt ans après le génocide des Tutsi - en 1994 - on va finir par (...)

Depuis bientôt vingt ans les FDLR font régner la terreur dans toute la région du Kivu. Vingt ans après le génocide des Tutsi - en 1994 - on va finir par comprendre ce grand dessein indéchiffrable qui est à l’origine du génocide des Tutsi. La grande idée – l’a-t-on compris ? –, c’est la remobilisation du racisme, indispensable aux stratégies de domination.

Mis en ligne par L’Agence d’information

 7/04/2013