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RDC. Passage en force de Kabila

Perspectives et difficultés de l’opposition, selon un analyste

19/05/2017 Analyses

Kabila tente de disperser l’opposition unie dans le RASSOP, en débauchant en son sein tout en refusant de réellement l’inclure ainsi que le prévoyaient les accords du 31 décembre. Selon un observateur attentif de la situation dont l’AI rapporte les propos, travailler à la formation d’une coalition de toutes les forces qui s’opposent à la dictature est la seule voie d’issue à la crise actuelle.


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Eclairage

19/05/2017

La nomination, le 7 avril, comme premier ministre, de Bruno Tshibala, transfuge de l’UDPS, principal parti de l’opposition ; la signature, le 2 mai, et en absence de l’UDPS, des « Arrangements particuliers », établis par les Accords de la Saint-Sylvestre et en présence d’anciens opposants dûment débauchés pour l’occasion ; la formation, le 9 mai, d’un nouveau gouvernement sans ministres provenant du Rassemblement de l’Opposition (RASSOP), la coalition issue du processus de Genval, en Belgique : ce sont les trois étapes récentes du nouveau passage en force de Joseph Kabila, dont le mandat présidentiel est échu depuis le 19 décembre dernier. Trois décisions actées unilatéralement et en violation des Accords, qui confirment, de la part du régime, le déni d’une politique inclusive réunissant majorité (MP) et oppositions (RASSOP) dans la gestion d’une période de transition devant conduire le pays à l’élection présidentielle reportée en fin décembre 2016.

Les règles du jeu n’ont pas été respectées. Malgré la présence des évêques de la CENCO [Conférence épiscopale nationale du Congo] comme médiateurs récalcitrants (ils avaient qualifié d’ « entorse » aux Accords la nomination de Tshibala à la place d’un membre choisi par la RASSOP), la dynamique imposée par le chef de l’Etat hors mandat écarte l’opposition et associe en revanche les recrues piochées dans ses rangs selon la méthode habituelle du débauchage ou, pire, du dédoublement des partis politiques.

Cette situation mène visiblement à l’impasse. Elle confirme l’impossibilité d’un vrai dialogue entre MP et RASSOP. Et en même temps, met en évidence l’intégrisme de la première et l’échec de la deuxième, impuissante face aux manœuvres « exclusives » et dilatoires des tenants du pouvoir.

Un cadre d’autant plus désolant que la situation sécuritaire se dégrade de plus en plus dans le pays, à l’Est comme au Centre, dans les provinces du Kasaï, où les forces spéciales se livrent à des exactions et à des atrocités contre les civils. Tout récemment, à Kinshasa, s’est produite une évasion spectaculaire à la prison de Makala, environ 4000 prisonniers étant parvenus à s’échapper. Dans le même temps, harcèlement et mesures restrictives se multiplient contre les deux ailes du RASSOP. Dernièrement, le siège de l’UDPS a été encerclé et ses militants séquestrés dans le quartier kinois de Limeté. Alors que Moïse Katumbi, ancien gouverneur du Katanga et leader du G7 – l’autre courant du RASSOP –, a été l’objet d’un contrôle fiscal sous décision de Kalev Mutond, patron de l’Agence nationale de renseignements (ANR).

L’Agence d’information à invité un analyste très proche du dossier originaire du Congo Brazzaville pour faire le point de la situation et en prévoir les évolutions possibles.

« En préalable, il est déjà important de rappeler, souligne notre observateur, que le président Kabila n’appose même pas sa signature aux protocoles qui découlent de ses décisions. Alors que c’est lui qui est à l’origine de la crise, en tant que chef d’Etat hors mandat, anti constitutionnel ! Il faut ensuite noter que les Arrangements particuliers ont été signés entre vieux kabilistes et nouveau kabilistes, alors que les Accords du 31 décembre, qui en sont à l’origine, étaient signés entre MP et Opposition. Joseph Kabila vise la destruction pure et simple de l’opposition pour son maintien illimité au pouvoir. L’UDPS est en train de voler en éclats et un problème de leadership se pose au sein de l’Opposition. Le G7 paraît compact, mais son leader, Moïse Katumbi, est absent du pays, contraint à se réfugier à l’étranger, condamné sur la base d’un dossier monté de toutes pièces. Il avait pourtant été adopté par la rue, et aurait pu risquer une incarcération qui aurait vraisemblablement provoqué une réaction populaire. Au résultat, l’opposition manque de porte-parole, et les jeunes de Kinshasa sont en manque de leader. D’autre part, les évêques sont divisés entre pro et anti Kabila… Mais la CENCO a fait lourdement défaut quand, le 19/12, jour du fin mandat de Joseph Kabila, les évêques sont partis à Rome. Cela a rendu grand service au chef de l’Etat sortant pour imposer son maintien par delà l’échéance de son deuxième mandat. La manœuvre ne sera pas passée inaperçue, et on comprend la colère du peuple qui, dans certaines régions du pays, s’en prend aux Eglises. Au fond, les évêques fournissent un appui indéfectible à Kabila, même si ils ont essayé de se rattraper ensuite en prenant les distances par rapport à la nomination de Tshibala. On attend toujours qu’ils reconnaissent l’évidence, que Kabila est celui qui porte la responsabilité de cette crise ! Résultat : la confusion règne au sein du RASSOP et profite au président illégal, la présidentielle n’aura pas lieu à la fin de cette année et un référendum est envisagé par les faucons du régime afin de changer la Constitution et rendre à nouveau éligible Kabila. »

Ces événements ont lieu pendant que les partenaires extérieurs de la RDC sont devenus pratiquement aphones, un silence qui a tout d’un aval pour la démarche du locataire du Palais de Nation et de son entourage.

« La Communauté internationale est devenue un outil au service de Joseph Kabila, explique l’analyste. Le président joue bien son jeu : quand il n’est pas objet de critiques, il maintient des relations au beau fixe ; quand on l’accuse de ne pas respecter la Constitution, il joue la carte du discours anti-impérialiste outrancier. Et ses agents virtuels suivent dans les réseaux sociaux… Puis, il menace de faire partir certains représentants de la Communauté internationale à Kinshasa et ceux-ci se plient au chantage par peur de perdre leur poste. Ils n’osent pas proposer les sanctions contre les hommes des basses œuvres du régime et donnent des excuses absolutoires aux crimes commis par le pouvoir. Comme cela fut le cas pour Beni et l’est maintenant pour le Kasaï – avec l’assassinat des deux experts des Nations unies et de leur guide congolais. Au Kasaï, les massacres ont commencé parce que cette région est le fief de l’opposition historique de l’UDPS. »

On se demande si la situation est sans issue – si l’on peut encore barrer la route à la tendance qui mène au maintien illimité de Kabila à la magistrature suprême.

« Joseph Kabila, selon notre interlocuteur, a eu peur de Genval. La coalition qui y est née tendait, par la composition de ses membres, à la jonction potentielle des Kasaiens, des Katangais et des Bangala. Il fallait détruire Genval et c’est fait. Ce qui fut une "messe" importante a vite disparu ! Maintenant, il faut peut être refaire un autre Genval sur d’autres bases et avec une autre méthode. Il faut élargir le rassemblement de l’opposition à toutes les forces qui s’opposent à Joseph Kabila, y compris celles qui n’ont pas beaucoup de popularité car elles ont été pendant longtemps diabolisées par la narration officielle du régime. Cette coalition plus inclusive doit réunir la Lucha, Filimbi, les groupes Maï Maï qui échappent au contrôle de Kinshasa, les oubliés de l’Ituri, les anciennes Forces armées zaïroises éparpillées dans la sous-région et ailleurs, les militants de “Kamwina Nsapu” du Kasaï. Tout le monde peut apporter une contribution particulière, et la diversité de tous ces acteurs favorise également la redistribution de tâches différentes… Seule la plus large union peut faire face aux manœuvres de Kabila pour perpétuer son pouvoir. Cette coalition devrait prendre soin de combler une lacune typique de l’opposition qui, dans ses activités de diplomatie internationale, a systématiquement négligé le volet sous régional, en fait très important. Elle laisse ainsi les mains libres à Kabila. Des homologues de Kabila comme Mugufuli, Dos Santos, Sassou Nguessou, Museveni ou Kagame travaillent avec lui sans l’aimer. Le problème est que le RASSOP limite se contacts aux Chancelleries occidentales qui, elles, jouent de la diplomatie régionale pour peser sur Kabila… Et le ministre rdcongolais des Affaires étrangères, She Okitundu, vient de faire une tournée en Afrique centrale et dans les Grands lacs. Enfin, un changement profond de mentalité, quasiment une révolution culturelle, serait nécessaire en RDC. La posture victimaire nous fait rester dans une impasse. Donner la faute de nos maux à la Belgique ou au Rwanda nous déresponsabilise et nous empêche de construire notre futur. »

Propos recueillis par L’Agence d’information

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