10/09/2013

A la veille de la reprise des pourparlers de Kampala, le M23 pose la condition essentielle pour en finir avec la guerre et pacifier la tourmentée province de l’Est de la RDC : que les forces génocidaires rwandaises soient mise hors d’état de nuire et que les réfugiés puissent revenir sur leurs terres.

On the eve of the resumption of talks in Kampala, the M23 raises the essential condition for ending the war and bring peace to the troubled province of eastern DRC : the Rwandan genocidal forces must be dismantled, and the refugees must return to their lands.

09 / 09 / 2013

« Si le président Kabila accepte de neutraliser les Interhamwe et rapatrier les Congolais réfugiés dans les pays voisins, nous mettrons fin à la rébellion. » Selon Bertrand Bisimwa, président de l’opposition politico-militaire au gouvernement de Kinshasa, les perspectives de la paix après 20 ans de violences dans l’Est de la RDC sont indissociables de ces deux mesures.

« Le M23 n’est pas intéressé à des postes au sein du gouvernement, ni à l’intégration dans les rangs de l’armée congolaise. Les FARDC ne sont pas si attrayantes pour que cette intégration puisse constituer l’objet de notre lutte. Qu’on nous débarrasse des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR, constituées d’anciens miliciens Intehamwe et soldats des ex-Forces armées rwandaises, dont les chefs sont accusés d’avoir participé au génocide des Tutsis en 1994, ndr) et qu’on rapatrie les réfugiés congolais. C’est la seule façon de nous enlever toute envie de continuer à porter les armes. »

Chemise rose et chapeau beige aux bords larges vissé sur le crane, Bertrand Bisimwa est assis à une table entourée de quelques militaires en compagnie du général Sultani Makenga, chef de l’armée du M23. Pendant la conférence de presse d’hier, organisée dans le jardin de l’Hôtel Ruchacha à Bunagana, ville frontalière avec l’Ouganda et fief du mouvement, le président de la rébellion a énoncé les conditions principales que la délégation de son mouvement posera à la contrepartie gouvernementale en ouverture des pourparlers qui vont démarrer demain dans la capitale ougandaise.

Apparemment une preuve de réalisme, compte tenu que la neutralisation de la milice hutue rwandaise est la clause récurrente dans tous les accords de paix signés depuis les débuts de la crise congolaise. Elle fait partie du chapitre 7 des Accords de Lusaka (juillet 1999), signés par six pays africains, dont la RDC, le Rwanda et l’Ouganda, et par les deux rébellions du RCD et du MLC. Elle revient systématiquement dans toutes les résolutions des Nations Unies (NU), y compris dans la 2098 du 28 mars 2013, où les FDLR sont désignées parmi les cibles principales de la Brigade offensive de la Monusco. Leurs atrocités contre les populations civiles congolaises, notamment l’introduction au Kivu de la pratique du viol comme arme de guerre, font de ce groupe armé la cause principale de l’instabilité, des violences et des guerres qui ravagent l’Est, ainsi que la source d’un contentieux permanent entre Kinshasa et Kigali.

Car ces rebelles rwandais qui rêvent d’en découdre avec le pouvoir en place au Pays des mille collines sont depuis bientôt 16 ans en accointance avec le gouvernement de la RDC. Ce dernier, se sentant protégé par la France qui est membre permanent du Conseil de sécurité, n’a jamais obtempéré aux injonctions de l’ONU de se débarrasser de ses sinistres alliés. Pour cette raison, la condition de la disparition des FDLR, qui est aussi à l’origine du déplacement des populations croupissant dans les camps des réfugies congolais au Burundi, au Rwanda et en Ouganda, va probablement se heurter à la volonté de Kinshasa. Les membres de la délégation gouvernementale au dialogue de Kampala seront-ils ainsi portés à signer un accord qui, comme autant d’autres, ne sera jamais respecté ?

La situation est certes complexe, car les Nations unies se sont rendues complices de ces anciens génocidaires, qui étaient coalisés avec l’armée régulière et le contingent tanzanien de la brigade offensive de la Monusco lors des combats de fin août contre le M23.

Pendant la conférence de presse, le Président du M23 a déclaré souhaiter que les représentants des Nations unies, en tant que partie belligérante, ne soient pas inclus dans l’équipe internationale indépendante chargée de diligenter l’enquête sur l’origine des bombes tombées à Goma et à Giseny, en territoire rwandais.

À l’été 2007, le général Laurent Nkunda, leader du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), la rébellion d’où le M23 est issu, disait, dans une interview à Afrique Asie : « Si le fléau FDLR n’est pas éradiqué, la guerre va perdurer à l’Est. C’est un devoir sacré de les chasser du Nord-Kivu, voire de la RDC… Je me demande pourquoi la Monuc (devenue Monusco en 2010) n’utilise pas la force contre les FDLR comme son mandat l’y autorise. En janvier dernier, le général français Christian Houdet, chef d’Etat major des forces de la Monuc, a déclaré que ce n’était pas le moment d’attaquer les FDLR au Nord-Kivu et a refusé de donner son appui à ce genre d’opérations. Cela montre que les FDLR ont encore des sympathisants et bénéficient de soutiens au sein de la communauté internationale. »

Six ans après, la situation a évolué en pire, car la collusion de la Monusco avec la rébellion rwandaise dirigée par des anciens militaires de Hutu Power est avérée. Et les combattants du M23 ne déposeront pas les armes avant sa dissolution.

L’Agence d’Information

Mis en ligne par L’Agence d’information
 10/09/2013
 http://lagencedinformation.com/044-demanteler-les-fdlr.html
Sauf mention contraire, droits de reproduction et diffusion autorisés selon la licence Creative Commons Attribution BY-SA 4.0

Les habits neufs de l’empire
Guerre et désinformation dans l’Est du Congo

Acheter en ligne (Aviso éditions)


 En savoir plus

Voir aussi

L’ONU devient "de fait une partie au conflit", dit MSF

 « Nous ne sommes pas des soldats en blouse blanche ! », lâche Bertrand Perrochet, chef de mission de Médecins sans Frontières (MSF) en République démocratique (...)

« Nous ne sommes pas des soldats en blouse blanche ! », lâche Bertrand Perrochet, chef de mission de Médecins sans Frontières (MSF) en République démocratique du Congo, en tête d’une déclaration rendue à la presse le 5 juillet 2013.

"We are not soldiers in white blouse", says Bertrand Perrochet, head of the french NGO Doctors without borders (MSF) in DRC, to begin the communiqué released the 5th of july 2013.

Mis en ligne par L’Agence d’information

 13/07/2013

Un envoyé très spécial

 Nouvellement nommé représentant spécial pour les Grands Lacs par le Secrétaire général des Nations Unies, l’algérien Saïd Djinnit entame sa première tournée (...)

Nouvellement nommé représentant spécial pour les Grands Lacs par le Secrétaire général des Nations Unies, l’algérien Saïd Djinnit entame sa première tournée régionale. Au menu de ses rencontres, les grands dossiers inachevés d’une crise longue de vingt ans : le démantèlement des FDLR, le retour des réfugies congolais, l’application des accords d’Addis-Abeba et des protocoles de Nairobi et la réforme de l’armée de la République démocratique du Congo.

Newly appointed Special Representative for the Great Lakes by the UN Secretary General, Algerian Saïd Djinnit begins his first regional tour. On the menu of its meetings, the main issues of a long unfinished crisis since twenty years : the dismantling of the FDLR, the return of Congolese refugees, the application of the Addis Ababa agreements and Nairobi protocols, and the reform of Democratic Republic of Congo army.

Mis en ligne par L’Agence d’information

 23/08/2014

Les intentions dangereuses de Martin Kobler

 Le général Kalev Mutond, chef de l’Agence Nationale de Renseignements, a rallié le représentant de Ban Ki Moon à Kinshasa au plan de démobilisation en deux (...)

Le général Kalev Mutond, chef de l’Agence Nationale de Renseignements, a rallié le représentant de Ban Ki Moon à Kinshasa au plan de démobilisation en deux volets qui prévoit l’envoi forcé dans les camps de l’Armée régulière (FARDC) des soldats du M23 qui ont pourtant opté pour un retour à la vie civile.

General Kalev Mutond, head of the ANR (Agence Nationale de Renseignements), has agreed with the representative of Ban Ki Moon in Kinshasa on the demobilization plan in two parts which includes sending into the camps of the regular army (FARDC) M23 soldiers although these have opted for a return to civilian life.

Mis en ligne par L’Agence d’information

 30/01/2014