RDC/Kasaï. Le bataillon « gris » de Kananga

10/05/2017
10/05/2017

Deux régiments aux ordres du général Kahimbi mènent la répression dans la province centrale du pays. Ordre de mission, comme à Beni : tuer les civils.

Les exactions contre les populations s’intensifient et un autre massacre a été perpétré à Tshisuku.

Les nouveaux rebondissements dans la presse internationale et congolaise indiquent le gouvernement comme possible commanditaire de l’assassinat des experts des l’ONU.

09/05/2017

Selon les informations recueillies par l’Agence d’information au sein des services de sécurité de la RDC, deux régiments formés d’anciens combattants des guerres et guérillas qui ont sévi dans l’Est du pays depuis 2004 sont opérationnels au Kasaï.

Ils y mènent les opérations de répression appelées Effacer le tableau contre les insurgés du mouvement dit « Kamwina Nsapu » (qui a vu le jour en août 2016) et les populations censées appuyer cette rébellion.

Dans leur dispositif, la traque et les exécutions des civils occupent la fonction majeure du mode opératoire. Une tactique qui, selon un analyste proche du dossier, est prévue dans la doctrine de la « Guerre révolutionnaire » (DGR) de l’école militaire française et a été mise à jour sur le plan local avec le concours des services de renseignements congolais.

Une quarantaine de charniers ont été ainsi recensés ces derniers mois dans l’ensemble de la région du Kasaï par les ONG humanitaires et les agences onusiennes des Droits humains. Deux experts onusiens envoyés pour enquêter sur ces fosses communes ont été assassinés à la mi-mars. Nombreux indices et témoignages pointent du doigt des officiels gouvernementaux, d’autant que le forfait a été commis dans une zone sous contrôle de l’armée. [Lire l’Agence d’information du 17/03 : Nouveau crime d’Etat et du 07/04 : Assassinat des experts : un haut officier FARDC sur la sellette].

Autre volet important de la stratégie fixée par la DGR, la provocation de conflits intercommunautaires commence à donner ses résultats. La nuit du 4 au 5 mai à Tshikapa, des membres des ethnies Pende et Tshokwe épaulés par des soldats ont attaqué les armes à la main les maisons des Baluba, en majorité présents parmi les rebelles.

Dimanche 7 mai à Tshisuku, dans le territoire de Kazumba, des militaires appartenant à ces forces spéciales ont gazé et tué les gens du lieu qui s’opposaient au pillage du marché. D’auprès Claude Lubaya, député national élu au Kasaï Central, environ cinquante personnes ont été massacrées. Le lendemain à l’aube, des hommes en uniforme ont bouclé le quartier de Bandayi à Kananga, épicentre de la révolte et des violences des nervis du régime. Des fouilles maison par maison sont encore en cours et tous les jeunes arrêtés sont portés disparus. Ce ratissage est appuyé par les miliciens katangais Bakata Katanga du chef Gédéon Kyungu, un allié du gouvernement.
Les soldats de ces unités spéciales sont appelés Hiboux et ont opéré depuis septembre 2014 dans le territoire de Beni. De nombreux rapports des Nations unies et d’ONG indépendantes les accusent des massacres perpétrés dans cette région jusqu’à décembre 2016. Fer de lance de leur « mission », la 3Ie Brigade des forcés armées (FARDC) avait été placée aux ordres du général Mundos et du colonel Muhima.

Les deux régiments ont été conçus et mis en place par le général Delphin Kahimbi, patron des renseignements militaires (ex-DEMIAP) et proche du chef de l’Etat, qui en assure le haut commandement et ne répond pas à l’Etat-major des FARDC. Ces forces ont été récemment déployées à Rutshuru, dans le Kivu, pour affronter les militaires du M23 du général Sultani Makenga. La mission s’est soldée par un échec et une partie des Hiboux a été démobilisée. L’autre a fait jonction avec l’unité-sœur qui était restée à Beni. Là, l’ordre a été donné de partir pour Kananga, au Kasaï.

Kahimbi est l’ancien responsable du DDR, le programme de démobilisation des groupes armés et autres mouvements politico-militaires au Kivu, ce qui lui a permis d’entrer en contact avec les futures recrues de son « bataillon ». La question se pose de savoir dans quelle chaîne de commandement s’inscrit son service, qui n’est pas intégré dans la très officielle et également opaque maison militaire du président de la république, dont le général Olenga est le chef.

Une source FARDC depuis Kinshasa nous indique qu’un bureau restreint militaro-sécuritaire a été constitué l’année dernière et annexé à la présidence de la république. Le général Amisi, dit Tango Four et patron de la Zone opérationnelle de Kinshasa, le général John Numbi, ancien chef de la police, et Kalev Mutond, patron de l’Agence nationale de renseignements (ANR), en font partie. De cette structure grise dépendent les œuvres de Kahimbi, Mundos, Muhima, ainsi que du général Emmanuel Lombe Bangwanga, un ancien de Beni, maintenant commandant de la région militaire du Kasaï et premier suspect de l’exécution des deux experts de l’Onu (RDC/Kasaï. Assassinat des experts : un haut officier FARDC sur la sellette, l’Agence d’information), et du colonel Vincent Tambwe, adjoint de Kahimbi dans l’ex-DEMIAP et actuellement opérationnel au Kasaï.

L’existence de ce « cabinet noir » – typiques des “hiérarchies parallèles” théorisées par la DGR – a été détectée depuis quelques mois par certaines chancelleries. Numbi, Mutond et Amisi ont été ainsi les cibles principales des sanctions adoptées par les Etats-Unis, entre septembre et décembre 2016, contre les principaux officiels rdcongolais responsables de violations des Droits humains.

Pendant qu’une véritable stratégie anti-insurrectionnelle visant les populations civiles est en train d’être appliquée au Kasaï avec l’intervention des régiments du général Kahimbi, des rebondissements médiatiques de l’affaire « experts de l’ONU assassinés » occupent les médias internationaux et locaux.

Le Guardian [Video of UN investigator murders leaves Congo government facing scrutiny] en Angleterre, le Huffington Post [Did Murdered U.N. Expert Unknowingly Tell Her Killers How to Find Her ?] aux Etats-Unis, et Politico CD [Assassinat des deux experts de l’ONU : la piste FARDC] et [Vidéo de l’assassinat des experts de l’ONU : la thèse Kamwina Nsapu remise en cause en RDC], mettent tous à mal la thèse gouvernementale qui accuse du crime les « Kwamina Nsapu » et apportent au contraire des éléments importants qui accablent les autorités congolaises comme commanditaires présumées de la mort de Michael Sharp, de Zaida Catalan et de leur guide congolais Betu Tshintela.
Nous vous en proposons les liens et laissons à nos lecteurs et lectrices la possibilité et le temps d’en apprécier contenus et arguments.

L’Agence d’information

Mis en ligne par L’Agence d’information
 10/05/2017
 http://lagencedinformation.com/111-rdc-kasai-le-bataillon-gris-de.html
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Three and a half months after the end of hostilities between the government and the M23, war, militia violence and ethnic cleansing are still current in North Kivu. The killing of rwandophones civilians, in Nyamaboko, and Fardc soldiers in Bukombo, by a coalition of extremist groups supported by the authorities of the province, are not mentioned in the national press or in Kinshasa’s official statements, Monusco issuing no more than a terse statement. This attitude betrays the responsibilities of power that is reluctant to get rid of hawks responsible for insecurity and ethnic hatred in the eastern region of the Democratic Republic of Congo.

Mis en ligne par L’Agence d’information

 22/02/2014