9/01/2015

RDC. Sous la direction de Luigi Elongui un livre* met en cause les agissements de la "communauté internationale" dans ce pays. Troublant.

DRC. Under direction of Luigi Elongui, a book* is questioning the acts of the "international community" in this country. Disturbing.

Afrique Asie, janvier 2015

Propos recueillis par Corinne Moncel.

Voici un ouvrage qui va faire grincer des dents : loin des discours ambiants sur les crises dramatiques dans l’Est de la République démocratique du Congo, il démontre, à travers des sources bien renseignées, comment la "nouvelle gouvernance mondiale", derrière une mobilisation diplomatico-médiatique et un déploiement de Casques bleus aussi massifs que vains, fait la défense de ses intérêts économiques et géopolitiques, en protégeant le régime en place, devant la recherche pour une paix durable.

Votre livre est une charge contre ce que vous appelez l’« empire », dont l’objectif dans l’Est de la RDC ne serait pas forcement la paix… Qui se cache derrière cet empire et que veut-il ?
L’Est de la RDC a été le départ de rebellions contre un pouvoir installé par la « communauté internationale », en l’occurrence le régime de Joseph Kabila. J’utilise l’expression « communauté internationale » de façon conventionnelle pour parler de la nouvelle gouvernance mondiale. En RDC, celle-ci est exercée par les grandes puissances planétaires et régionales, la France et les États-Unis avec l’Afrique du Sud, la Tanzanie et l’Angola. Elles sont à la manœuvre à travers les Nations Unies, l’Union Européenne, l’Union Africaine et la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Leur priorité est la défense d’un régime qui leur assure l’approvisionnement de ressources indispensables – le pétrole, l’uranium du Katanga, les minerais du Katanga, du Kasaï et des Kivu par exemple – et la défense des intérêts géostratégiques liés à la position dominante de la RDC en Afrique centrale. L’intérêt de cet « empire » est le maintien d’un contrôle politique et militaire davantage qu’une véritable pacification du pays que l’on attend depuis vingt ans.

Mais on retrouve ces acteurs dans tous les conflits, notamment dans des pays africains où il n’y a pas les mêmes enjeux économiques qu’en RDC…
En effet, mais en RDC, la différence avec les autres cas demeure dans une complexité qui prolonge la durée de la crise. Celle-ci a démarrée en 1994 avec l’exfiltration par les militaires français de l’Opération Turquoise de l’armée et des milices qui avaient perpétré le génocide au Rwanda. En RDC, l’ « empire » gère la crise ai lieu de s’atteler à sa solution qui impliquerai un changement de régime.

Il existe de nombreuses rébellions dans l’Est de la RDC. Desquelles parlez-vous ?
Je parle de la seule force politico-militaire organisée, le M23. En 2012, ce mouvement a pris le relais de la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP, 2005-2009) de Laurent Nkunda parce que les clauses de l’accord de paix de Goma, que ce groupe avait signé avec le gouvernement rdcongolais en 2009, n’avaient pas été respectées : ni démantèlement des Forces démocratiques de libération du Rwanda composées de génocidaires hutu ; ni retour des réfugiés congolais au Rwanda, Burundi et Ouganda ; ni réforme de l’armée ; ni rétrocession de 40 % des recettes vers les provinces.

Les FDLR et l’armée RDCongolaise ont des liens très étroits fondés sur les trafics mafieux

Obtenir une paix durable ne serait-il pas la meilleure solution pour la « communauté internationale » de pérenniser ses intérêts ?
Logiquement oui, mais l’on constate que la recherche d’une solution de la crise n’a pas été privilégiée par rapport au maintien au pouvoir de l’élite actuelle qui, elle, reproduit systématiquement les conditions du conflit. Posez-vous la question : pourquoi y a-t-il eu une levée de force si déterminée de la « communauté internationale » contre quelques 3 000 rebelles du M23 ? Pourquoi tous les acteurs cités plus haut se sont-ils mobilisés aussi massivement contre ce mouvement ? Pour faire face au M23, la première brigade offensive dans l’histoire de l’ONU a été créée. Le M23 gêne parce que c’est une force d’opposition au régime avec un programme politique global pour le pays : l’instauration du fédéralisme, la transparence dans les transactions minières, le retour des réfugiés et la pacification du pays.

Le CNDP puis le M23 n’ont-ils pas été soutenus par le Rwanda ?
Le CNDP protégeait la frontière occidentale du Rwanda des incursions des FDLR et Kigali lui apportait un soutien politique. Quand il a pris le maquis, Nkunda était à la tête des brigades autonomes du RCD-Goma et n’avait pas besoin de l’armement de l’armée rwandaise. Le Rwanda au début a vu d’un bon œil sa rébellion puis, quand ce mouvement est devenu une véritable opposition avec un projet national, Kigali, mis sous pression par la « communauté internationale », est volé au secours de Kabila et à arrêté Nkunda. Quant au M23, qui est aussi né d’une révolte de militaires issus des FARDC avec leur armement, le Rwanda a été parmi les premiers à vouloir qu’il quitte Goma après sa prise en novembre 2012. Les accusations d’une aide matérielle en provenance de Kigali ont été le fait d’ « experts » très orientés politiquement, dont certains se sont révélés être des sympathisants des FDLR ou liés au commerce des minerais au Sud Kivu.

Les FDLR sont-elles toujours une menace pour le Rwanda vingt ans après le génocide ?
Les FDLR ne sont plus en mesure de mener une intervention militaire au Rwanda. Mais elles constituent un pôle d’attraction pour les nostalgiques du pouvoir génocidaire de Habyarimana qui peuvent rejoindre le mouvement et le renforcer.
Par ailleurs, des enquêtes de journalistes occidentaux indépendants, comme Simone Schlindwein, de même que des centres de recherche, tel le Pole Institute, l’attestent : les FDLR et l’armée rdcongolaise ont des liens très étroits fondés sur les trafics mafieux. Les FDLR ont été des forces supplétives de l’armée congolaise dans la guerre contre le M23, comme le montre clairement une photo de la même Schlindwein que nous publions dans le livre.

On crédite le M23 d’exactions terribles contre l’armée et la population civile… Comment peut-il être accepté par les Congolais ?
L’offensive militaro-diplomatique de l’ « empire » contre le M23 s’est accompagnée d’une diabolisation d’une redoutable efficacité. À l’époque, on disait que le CNDP laissait derrière lui des fosses communes à chacune de ses avancées. À chaque fois, Nkunda a demandé une enquête des Nations unies et, à chaque fois, cette demande est restée sans suite. On a dit la même chose pour le M23, mais rien n’a jamais été prouvé et aucune enquête n’est en cours. Ensuite, les rapports des experts des Nations unies sur les exactions supposées du M23 présentent le même problème méthodologique : pourquoi sont-ils tous basés sur de témoignages indirects et n’y cite-ton jamais les gens ? Dans tous les autres rapports, même si on veut protéger certaines sources, les officiels sont au moins cités. Pour finir, le quotidien indépendant parisien Libération a fait état d’activistes de HRW qui « cherchaient » des témoignages contre le M23 en moyennant de l’argent.

On ne serait pas bien informés sur le M23 ?
Vous connaissez la force du contrôle de l’information, ou plutôt de la désinformation, dans les guerres, et les effets durables de celle-ci dans l’opinion. Un seul exemple : la grande offensive contre le M23 en août 2013 à Goma a été l’occasion d’une propagande incroyable sur l’armée congolaise. Un discours officiel porté par la MONUSCO et le gouvernement congolais a été repris en boucle par tous les médias, selon lequel l’armée congolaise montait en puissance, était devenue une force qui avait su infliger une défaite au mouvement. D’abord, il n’y a pas eu défaite, mais repli sans un coup de feu de la part des rebelles. Surtout, que voit-on un an après ? Depuis le mois d’octobre, des massacres en chaîne endeuillent le territoire de Beni, dans le Nord Kivu, sans que les FARDC interviennent ! Et on soupçonne certaines de ses unités de d’avoir participé aux tueries. Pendant les pourparlers de Kampala, en 2012-2013, le ministre des Affaires étrangères congolais à dit à un délégué du M23 : « Que vous ayez raison ou tort n’est plus la question, parce que vous avez vingt ans de retard pour changer l’opinion publique en votre faveur. » L’enjeu médiatique est crucial, et le M23 a sans doute perdu la première manche.

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Soldats du M23 sur les routes de la RDC

Va-t-il reprendre la lutte de son exil en Ouganda ?
On est sûr de deux choses : le mouvement demeure bien organisé dans les camps en Ouganda et d’autre part le gouvernement RDcongolais qui, dans le contexte houleux du changement constitutionnel pour le 3e mandat présidentiel, a besoin d’une diversion, ne cesse d’agiter le chiffon rouge en disant que le M23 est en train de se reconstituer. Je ne pense pas que pour le moment le M23 offrira à Kinshasa cette occasion de diversion…

* Les habits neufs de l’Empire. Guerre et désinformation dans l’Est du Congo, Luigi Elongui (dir.), Éd. Aviso, novembre 2014, 18,90€.

Mis en ligne par L’Agence d’information
 9/01/2015
 http://lagencedinformation.com/081-l-empire-contre-attaque.html
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Il dénonce par ailleurs le fait que les forces gouvernementales aient progressivement avancé depuis une quinzaine de jours, jusqu’à se retrouver à vingt mètres des lignes du M23.

Mis en ligne par L’Agence d’information

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