30/01/2014

Le général Kalev Mutond, chef de l’Agence Nationale de Renseignements, a rallié le représentant de Ban Ki Moon à Kinshasa au plan de démobilisation en deux volets qui prévoit l’envoi forcé dans les camps de l’Armée régulière (FARDC) des soldats du M23 qui ont pourtant opté pour un retour à la vie civile.

General Kalev Mutond, head of the ANR (Agence Nationale de Renseignements), has agreed with the representative of Ban Ki Moon in Kinshasa on the demobilization plan in two parts which includes sending into the camps of the regular army (FARDC) M23 soldiers although these have opted for a return to civilian life.

30 / 01 / 2014

Le représentant spécial du secrétaire général des Nations Unies en RD Congo et chef de la si puissante Monusco (par le nombres de ses membres, 20 000 hommes, et par son faramineux budget annuel, de plus d’un milliard et demi de dollars par an), l’allemand Martin Kobler, change-t-il d’avis au gré de ses humeurs ? Ou bien préfère-t-il plutôt venir au bout de ses desseins par étapes, histoire d’accoutumer progressivement l’opinion publique et ses interlocuteurs aux décisions qu’il entend prendre ?

Ainsi que l’Agence d’information l’évoquait dans sa précédente dépêche [http://www.lagencedinformation.com/060-montee-des-tensions-contre-les.html], le patron des Casques Bleus aura d’abord semblé en désaccord avec le plan de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR) des différents groupes armés que le gouvernement congolais est en train de mettre au point. Il y aurait eu, dans les hautes sphères de la Monusco, des réticences à avaliser un concept de démobilisation prévoyant la relocalisation des anciens combattants en dehors de leurs communautés d’origine car, disait-on, ceux-ci ne l’auraient pas accepté. Le gouvernement voudrait appliquer cette mesure en particulier aux ex-militaires du M23, invoquant la crainte d’une résurgence de ce mouvement, déjà évoquée dans des déclarations de divers acteurs locaux ou internationaux de la crise congolaise.

On pouvait croire toutefois, jusqu’à il y a 48 heures, que Martin Kobler ne semblait pas convaincu du bien fondé du plan gouvernemental en gestation. Il aurait même voulu en parler au président Kabila, mais ce dernier avait opposé un fin de non recevoir à sa demande d’entretien. Le locataire du Palais de la Nation a choisi de traiter ce dossier brûlant avec ses partenaires par l’intermédiaire de Kalev Mutond,qui dirige l’Agence nationale de renseignement (ANR). Selon une source sécuritaire congolaise, ce dernier serait finalement parvenu à harmoniser les points de vue, d’abord discordants, entre Kinshasa et une partie de la dite “communauté internationale”. Ainsi, suivant cette même source très proche du dossier, « Kobler envisage maintenant le cantonnement au Kivu des démobilisés à l’exception des anciens de la branche militaire du M23 (ARC) qui devraient être dispersés hors de la province » et, plausiblement, si l’on en croit l’information de source gouvernementale d’il y a quelques semaines, cantonnés dans les trois bases militaires de Kitona (Bas-Congo), Kamina (Katanga) et Kota Koli (Equateur).

Cela est en contradiction flagrante avec les déclarations actées depuis plusieurs mois par le M23, dont les militaires qui ont déposé les armes le 5 novembre dernier préfèrent revenir à la vie civile plutôt que de réintégrer l’armée nationale. Pourquoi vouloir les obliger au cantonnement, d’autant que leur retour au pays reste volontaire selon les protocoles signés par les deux parties et la “communauté internationale” le 12 décembre à Nairobi ?

Prévenu de ce qui est en train de se jouer dans les coulisses, le président du M23, Bertrand Bisimwa, a manifesté son inquiétude via twitter : « Ne pas confondre redéploiement militaire et réinsertion sociale. Le premier est une opération de commandement militaire, la deuxième une réintégration familiale. » Il avait précédemment affirmé que « le Kivu ne serait pas sorti de l’auberge tant que l’on substituera un problème par un autre en croyant résoudre le premier ».

En effet, si la force de l’armée du M23, actuellement cantonnée en Ouganda, fait peur – ce qui est surprenant de la part de ceux qui n’ont pas arrêté d’en décréter la « défaite », l’estimant réduit à 200-300 soldats –, la solution demeure dans la pacification du Kivu davantage que dans la déportation de ces combattants transformés en prisonniers de guerre dans les camps militaires de la RDC.
Kinshasa et la Monusco jouent-ils avec le feu ? Ou faut-il craindre que leur aventurisme politique trahisse un dessein plus vaste, impliquant les mêmes forces qui, avant la cessation des hostilités, visaient à l’embrasement de la sous-région ?

Dans ce sens, un courrier de l’Ong américaine Human Rights Watch (HRW) portant la date du 29 janvier est adressé par son directeur exécutif Kenneth Roth au président Kabila pour lui demander l’arrestation d’une douzaine de leaders du M23, ou ex-M23, dont le général Sultani Makenga, contre lesquels la justice militaire congolaise aurait émis, selon Roth, des mandats d’arrêt. Tout cela, en dépit de la loi d’amnistie récemment votée au Sénat de la RDC et en attente de validation par la chambre basse du Parlement.

HRW est largement décrédibilisée du fait de sa politisation extrême et de son manque total de déontologie au Kivu, ses opérateurs n’ayant pas hésité à rémunérer des « témoins » à charge recrutés auprès d’organisations ou d’individus a priori réputés pour leur engagement partisan. Ses initiatives pourraient être relativisées si elles ne convergeaient pas avec d’autres pour saper le processus de paix en RDC.

Ceux qui voulaient l’anéantissement total du M23 ne l’ayant pas eu, le recherchent par des méthodes qui se substituent à la voie du dialogue et sont susceptibles de ramener l’Est de la RDC dans une situation de guerre. Il est important de souligner qu’une justice équitable comme une paix durable ne peuvent pas être dévoyées par un principe malsain de vengeance. Sans compter qu’il n’est pas sûr que les apprentis sorciers aient les moyens de leur politique.

L’Agence d’information

Mis en ligne par L’Agence d’information
 30/01/2014
 http://lagencedinformation.com/061-les-intentions-dangereuses-de.html
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The official version of Kinshasa, which indicates the Ugandan rebels of the ADF-Nalu as the murderers, is not consistent. Converging evidence suggests the contrary, involving soldiers of the regular army to murder the boss of URR. They have, according to our sources, obeyed the orders of an officer close to the head of state.

Mis en ligne par L’Agence d’information

 5/01/2014