30/10/2013

Appuyée par les forces des Nations Unies et par les FDLR, la nouvelle offensive loyaliste contre le M23 a failli mettre en danger les populations civiles. Pour ne pas porter la responsabilité de dérapages éventuels, le mouvement rebelle s’est replié dans les hauteurs, ce qui a fait crier à sa défaite imminente par Kinshasa et par la Monusco.

Supported by the United Nations forces and the FDLR, the new loyalist offensive against the M23 almost endangered civilians. To take no responsibility for any slippage, the rebel movement retreated in the hills, which provoked yelling at his imminent defeat by Kinshasa and Monusco.

Le M23 est maintenant « quasiment militairement fini », déclarait hier, lundi 28 octobre, en vidéoconférence devant les membres du Conseil de Sécurité, l’allemand Martin Kobler, patron de la Mission de stabilisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (Monusco). « Les rebelles du M23 ont quitté volontairement certaines positions », intitule aujourd’hui sa dépêche l’Agence France-Presse (AFP) – dont le ton est visiblement moins péremptoire –, avant de citer le dernier communiqué des “rebelles” qui annonce un retrait effectué pour ne pas être impliqué dans « un bain de sang dans les agglomérations où la population risquait d’être victime d’une violence susceptible d’être évitée ». Le M23 accuse la mission onusienne d’avoir infiltré et armé des civils dans le bourg de Kiwanja, tenu par la rébellion, dans le but de provoquer une riposte de cette dernière pour ensuite l’accuser de massacres contre les populations.

Les vendredi 25, en effet, les combats avaient repris entre les combattants du M23 et la coalition regroupant les forces de Kinshasa (FARDC), les anciens génocidaires hutus des FDLR et la Brigade offensive de la Monusco qui, à 4 heures du matin, avaient attaqué les lignes ennemies sur le front de Kibumba. Au troisième jour des affrontements, lorsque la situation tournait en faveur des troupes de l’Armée révolutionnaire congolaise (ARC, la branche militaire de la rébellion), des incidents se sont produits à Kiwanja, où les civils armés avec d’autres éléments portant les uniformes de la Brigade et des FARDC ont commencé à tirer sur les soldats et les policiers du M23. En même temps, des informations venant des services de renseignement de la rébellion faisaient état de la planification d’une attaque des hélicoptères du contingent sud-africain de la Brigade qui auraient dû investir la cité de Rumangabo. Dans cette cité, située à une cinquantaine de kilomètres à nord de Goma, le camp militaire du M23, une ancienne base des FARDC, n’est pas loin d’un village habité par des populations rwandophones, qui ont déjà fait les frais d’un bombardement de la coalition en juillet dernier.

En considérations de tous ces faits et suite à des concertations avec l’appareil politique du mouvement, le haut commandement militaire du M23 a décide de quitter toutes les plaines tenues par ses propres forces, et de se replier dans les hauteurs montagneuses. Les positions ainsi abandonnées auront vite été occupées par les forces onusiennes et celles de l’armée régulière, manœuvre préalable au lancement d’une vaste opération médiatique. La rébellion serait aux abois et la victoire de Kinshasa question de jours. Alexandre Luba Ntambo, ministre congolais de la Défense, appelle à la reddition les soldats de l’ARC, alors qu’on essaye d’expliquer cette inattendue « débâcle » du M23 par la puissance de feu de la Brigade et l’affaiblissement du prétendu soutien à la rébellion de la part du Rwanda. Ce dernier d’ailleurs, persiste dans la retenue face à plus d’une vingtaine de tirs de roquettes tombées sur son territoire depuis les positions des FARDC.

Un avertissement est cependant lancé du côté rebelle : le repli tactique ne doit pas être interprété comme un signe de faiblesse, mais comme un changement de stratégie. Selon une source proche de la rébellion en Europe, « pendant trop longtemps, le M23 a fait preuve de modération en acceptant de négocier alors que les hommes aux ordres de Ladsous [le patron français du DOMP, en anglais DKPO, Département des Opération de maintien de la Paix des Nations unies, ndr] et de Kobler tiraient sur les troupes de l’ARC ». Il s’agirait maintenant de « tourner la page » de cette stratégie “défensive”, le repli permettant de se mettre dans « une position, plus “offensive” ». « Toutes les neuf Brigades du M23 sont dans les hauteurs, avec leurs forces intactes au niveau des hommes et du matériel. »

Il est évident que l’hypothèse d’un affaiblissement, voire d’une déliquescence progressive de la rébellion est à prendre avec une réserve extrême. Autrement, on ne comprendrait pas pour quelle raison Paris et Washington, depuis toujours soutiens majeurs du président Kabila, ont appelé à une reprise immédiate des pourparlers entre le gouvernement de Kinshasa et le M23. Ceux-ci se déroulent à Kampala sous l’égide de la Conférence internationale de la région des Grands Lacs (CIRGL). Cette nouvelle session du dialogue, démarrée en septembre, fait partie d’un processus complexe qui n’est pas trop du goût des puissances occidentales, certainement plus enthousiastes face à l’éventualité d’une solution militaire et rapide de la crise dans l’Est de la RDC. Ce qui ne semble pourtant pas être l’avis de l’envoyé spécial du président américain dans les Grands Lacs, Russel Feingold. De passage à Paris, celui-ci s’est prononcé pour l’arrêt des combats : « Il y a d’énormes risques à continuer comme ça, en pensant que la solution militaire est l’unique réponse. Cela risque d’attirer d’autres forces et pourrait conduire à une guerre croisée. »

Néanmoins, si le spectre d’une intervention de Kigali pour faire taire les armes lourdes qui, du côté congolais de la frontière, font des victimes parmi ses populations civiles (et cela sans que la Monusco bronche…), fait peur aux acteurs le plus responsables de la crise, l’internationalisation du conflit, avec des conséquences de déstabilisation de toute la sous-région, fait toujours partie de l’agenda des forces occultes qui opèrent notamment au sein du DOMP.

A Kampala, où la délégation du M23 est de plus en plus sceptique sur la volonté gouvernementale de vouloir reprendre d’une manière constructive les négociations de paix, un colonel de la rébellion ironises face aux rumeurs d’une débandade de son mouvement lors des derniers combats et répond en citant Sun Tzi, la maître chinois de la pensée militaire : « Ne répétez pas les mêmes tactiques victorieuses, mais adaptez-vous aux circonstances chaque fois particulières. »

L’Agence d’information

Mis en ligne par L’Agence d’information
 30/10/2013
 http://lagencedinformation.com/048-des-plaines-aux-collines.html
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Five years after the house arrest in Rwanda – and in a situation of lawlessness –, of the man who alone had sketched a plan for peace in the Great Lakes region, the debate reopens on the causes of the destabilization in eastern DRC, that the Western actors of the Congolese crisis continue to ignore, and which on the other hand the President of CNDP wanted to address, at the cost of his freedom. His enlargement is a fundamental step towards the restoration of stability and an end to violence.

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If history has shown that the former chairman of the CNDP was not the cause of problems that still plague today in eastern DRC and throughout the country, its enlargement – action that should be taken in a regional framework and by the will of President Kabila –, could be the major initiative to consolidate the peace process and put an end to a situation of lawlessness.

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After a new offensive of the Ugandan rebels in the east of the country, which once again highlighted the incapacity to fight on behalf of the regular army of the FARDC, the Congolese government resorts to disinformation and accuses M23, with which it has nevertheless just signed the protocols of Nairobi. A bad way of beginning the peace process.

Mis en ligne par L’Agence d’information

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