10/09/2013

Les négociations entre le M23 et le gouvernement de Kinshasa qui devraient se conclure à Kampala avant la fin de ce mois de septembre pourraient bien ouvrir de nouvelles perspectives, au-delà du Kivu, pour l’ensemble de la région. Sortir de la nuit des propagandes néo-coloniales pour enfin connaître la paix indispensable au développement nécessaire de cette partie la plus déshéritée de l’humanité. C’est du moins ce qu’on espère.

Negotiations between M23 and Kinshasa government, that should be concluded in Kampala before the end of this September, could open new perspectives, beyond Kivu, for the entire region. Out of the night of neo-colonial propaganda, this most deprived part of the humanity would finally access to the peace required for the necessary development of this part of the world. This is at least what we hope.

Le blog Mushaki pager signale les récentes déclarations, au journal New Vision, du ministre des affaires étrangères d’Ouganda, M. James Mugume, suivant lesquelles la France et la Belgique sont les deux pays responsables de l’actuel dévoiement de l’action internationale, empêchant « tout progrès dans la recherche d’une solution du conflit politique à l’est du Congo ». Il pouvait également dénoncer le rôle des médias, qui travaillent à convaincre ce qu’on appelle la communauté internationale de la pertinence du point de vue des deux puissances coloniales. Il ne craignait pas de souligner que ces puissances occidentales et leurs alliés cherchent à perpétuer le chaos – si profitable – plutôt que de ramener la paix. L’analyste de ce blog conclut son article très pessimiste quant aux perspectives du processus de Kampala, où les occidentaux ont la part trop belle, alors qu’ils ne visent que « la guerre généralisée ». La France ? « Toujours assoiffée de sang tutsi » – pouvait-on lire dans un précédent commentaire.

Ainsi, ce qu’on pouvait qualifier ici de « solution africaine » à la crise serait-elle un « rideau de fumée », camouflant la poursuite des stratégies agressives en œuvre dans l’est-Congo ?

Dimanche 8 septembre 2013, le M23 donnait conférence de presse à Bunagana, avec bien peu de journalistes, même l’AFP n’ayant pas daigné se déplacer. Le Président du M23, M. Bertrand Bisimwa, et son chef militaire, le général Sultani Makenga, tenaient ainsi à faire le point, à la veille de la réouverture des négociations de Kampala ordonnée la semaine dernière par la conférence des chefs d’Etats de la région des grands lacs (CIRGL). Négociations qui se tiennent à partir de ce lundi et disposent d’un délai de deux semaines pour conclure, selon les termes de l’injonction de la CIRGL.

Quant au fond du débat, le Président du M23 a précisé les conditions dans lesquelles son mouvement pourrait accepter de déposer les armes : il faudrait que d’abord soit réglée la question des FDLR, et celle qui en découle du retour des réfugiés – exilés aujourd’hui dans tous les pays limitrophes –, et leur réinstallation dans leurs milieux d’origine en pleine sécurité. On parle là de dizaines de milliers de personnes, réparties dans des camps dans divers pays, et vivant dans des conditions déplorables, qui ont dû fuir leurs terres du fait de l’insécurité installée par les FDLR au Kivu depuis bientôt vingt ans.

Aura été également abordée la question de la réintégration des soldats du M23 dans les forces armées congolaises (FARDC). Le général Makenga a répondu qu’il n’en était pas question. En cas de résolution de la crise, les combattants du M23 se réintégreraient simplement à la vie civile.

Il ne semble pas toutefois qu’on approche d’une telle solution tant la « communauté internationale » est engagée aux côtés de ces anciennes forces génocidaires rwandaises, activement soutenues par la France depuis toujours et étroitement associées au régime de Kabila en RDC. On a pu voir comment, ces derniers mois, depuis l’arrivée de la brigade d’intervention offensive de l’ONU, ces FDLR se retrouvent au front avec celle-ci et les FARDC, pour combattre le M23. Loin de les démanteler et de procéder aux arrestations qui s’imposent de ces criminels qui menacent toujours le Rwanda et terrorisent les Tutsi du Kivu après avoir exterminé ceux du Rwanda en 1994, les forces coalisées de l’armée nationale de la RDC et de l’ONU s’appuient sur ceux-ci. On aura même pu relever qu’ils combattent en première ligne, ayant non seulement une meilleure connaissance du terrain, mais surtout bien plus de motivation que les troupes mal payées des FARDC ou des casques bleus mobilisés pour la première fois dans une opération offensive.

Jusqu’à présent, ces combats contre le M23 qui associent FARDC-FDLR-ONU et milices Maï-Maï ont vu la défaite répétée des agresseurs qui n’auront trouvé d’autre exutoire que d’user de leur aviation pour bombarder en tout sens, atteignant la ville de Goma comme le territoire rwandais, au prix de victimes civiles. Comme on l’a vu, les bombardements de Goma leur auront servi à incriminer aussi bien le M23 que le Rwanda. Et ceux du territoire rwandais auront même été attribués… au M23 !

Il s’agit là manifestement d’une tentative d’internationaliser le conflit en impliquant le Rwanda, véritable objectif de cette coalition génocidaire dirigée par la France comme il y a vingt ans, quand celle-ci s’appuyait sur les mêmes forces pour commettre l’effroyable génocide des Tutsi du Rwanda.

Depuis vingt ans, la propagande du parti génocidaire aura réussi à susciter nombre d’idées fausses dans l’esprit du public, sur la base de rapports fantaisistes – et même des livres comme l’épais Carnages, de Pierre Péan – accréditant, par exemple, le mythe de millions de morts qui seraient intervenues au Congo, au point où tout le monde aura fini par s’en convaincre, particulièrement au Congo, mais partout. C’est en se fondant sur cette dénonciation d’un crime supposé largement supérieur attribué à leurs adversaires que les génocidaires seront parvenus, avec l’aide efficace de la diplomatie française, à se faire un certains nombre d’alliés, avec lesquels ils peuvent continuer à rêver de prendre leur « revanche » de 1994.

Des démographes ont étudié ces accusations à la loupe et démontré que les millions de morts imputés n’ont jamais existé. Depuis 1996, les guerres congolaises, où le Rwanda s’est effectivement retrouvé impliqué, ont fait tout au plus deux ou trois cent mille morts. Les millions de morts ajoutés par la comptabilité fantaisiste des Péan et consorts – « des “morts en plus”, c’est-à-dire calculés par rapport à une mortalité normale, s’il n’y avait pas eu de guerre », dit Péan – ne se retrouvent simplement pas dans les courbes démographiques où l’on ne constate aucune détérioration – ni, malheureusement, aucune amélioration – de la mortalité, dans ce pays où l’espérance de vie demeure scandaleusement basse.

Ainsi, les millions de morts arborés ne sont qu’un argument négationniste inventé par le parti génocidaire pour camoufler son énorme crime rwandais. Comble des combles, l’instrumentalisation des viols, dont les génocidaires sont les principaux auteurs avec leurs alliés des FARDC et Maï Maï. Leur attribution au M23 aura permis de diaboliser celui-ci, et d’arriver à la situation particulièrement absurde où l’ONU envoie des renforts au secours des violeurs sous prétexte de combattre le viol…

La résolution 2098 du Conseil de sécurité à l’origine de la création de la Brigade internationale qui sévit aujourd’hui au Kivu avec les FARDC et les FDLR contre le M23 – et carrément contre la population – s’appuyait bien pourtant sur une enquête établissant que les viols sont dans leur quasi totalité l’œuvre de ces mêmes FARDC et FDLR auxquelles l’ONU s’est carrément associée. Le plus récent épisode de viols massif, à Minova, fin 2012, était l’œuvre d’une fameuse 391e brigade des FARDC, toujours considérée par les responsables – français – de l’ONU comme « la meilleure unité » de l’armée de Kabila...

Ces accusations en miroir seront parvenues à dresser l’opinion publique en RDC et ailleurs contre le M23, et permettent que, depuis des mois, les forces coalisées des FARDC-FDLR et Monusco puissent bombarder aussi bien des villages du Kivu que le territoire rwandais ou la ville de Goma, en totale impunité.

L’accent aura enfin été mis, par la conférence des chefs d’Etats de la semaine dernière, sur la nécessité d’une enquête pour établir la vérité sur l’origine de ces bombardements. Il n’est pas certain toutefois que la décision prise d’intégrer la Monusco au Mécanisme de vérification international supposé mener cette enquête soit de bonne augure. Cela fait déjà plusieurs semaines que la Monusco aurait pu et dû procéder à de telles enquêtes. Elle aura contraire participé au flux d’accusations absurdes contre le M23. On sait de plus que les hélicoptères responsables de ces bombardements peuvent appartenir indifféremment aux FARDC ou… à la Monusco, les FARDC ayant repeint ses propres engins en blanc, la couleur des hélicoptères de l’ONU…

Le fait que le gouvernement congolais ait empêché toute enquête en déclarant persona non grata le patron du Mécanisme de vérification ne lui est même pas reproché.

Le plus choquant dans cette affaire étant qu’à Paris, comme à Bruxelles semble-t-il, et à Washington, les gouvernements occidentaux impliqués dans ce dossier n’hésitent pas s’engager dans la même stratégie criminelle mise en œuvre par la France de François Mitterrand dans les années 1990.

Il n’est pas exclu toutefois qu’on s’achemine vers de meilleurs jours. Car le processus enclenché par le Président Museveni en imposant la réouverture des négociations pourrait, en dépit de tout, porter ses fruits. La maturité politique dont il a été fait preuve là, pourrait bien s’imposer aux manœuvres brouillonnes et particulièrement irresponsables des anciennes puissances coloniales. Et le principe de réalité pourrait bien avoir pulvérisé le roman proposé par l’ONU et la RDC, permettant une analyse plus réaliste de la situation afin de rechercher de véritables solutions.

Deux dépêches en ce sens, autorisent aujourd’hui un certain optimisme : l’une, de RFI, provient de Kigali, où le correspondant se lamente de n’être parvenu à obtenir des déclarations contre le M23 de la part de Mary Robinson, envoyée spéciale du secrétaire général de l’ONU, et de Russ Feingold, qui l’accompagne dans sa tournée, lui pour le compte du Président Obama. On comprend qu’au contraire ces deux éminents représentants de la « communauté internationale » ont bien reçu le message du M23 qui demande qu’on prenne la mesure du problème constitué par les FDLR comme par les FARDC. Les tentatives de ces derniers pour mettre la région à feu et à sang ne seraient pas passées inaperçues…

Ainsi, l’envoyé de John Kerry et de Barack Obama, en charge de ce dossier congolais depuis juin dernier, aura évoqué cette chose si rarement dénoncée : « un possible soutien ou coopération de la RDC aux FDLR ». Mary Robinson, elle aurait parlé, à l’inverse, « du très fort sentiment de soutien au M23 qui serait ressenti dans le Nord-Kivu au sein de la population », une dimension psychologique de la crise encore plus rarement évoquée, et qui oblige à reconsidérer l’ensemble du dossier.

L’autre dépêche rassurante du jour provient de Kampala, où le site d’information Chimpreports rend compte du contenu des discussions qui se sont tenues entre les chefs d’États de la région jeudi dernier. On apprend ainsi qu’une réunion s’est tenue entre les Présidents Museveni, Kabila, Kikwete, Kagame et Salva Kiir du Sud-Soudan. Alors que l’hostilité déclarée par le tanzanien Kikwete et Kabila envers le rwandais Kagame ne présageait rien de bon, il semble que Museveni soit parvenu à jouer de son autorité – et de son humour, dit la dépêche – pour faire valoir que tous doivent s’associer pour résoudre les problèmes sans fin du Congo. Il aura souligné que l’insécurité qui règne dans l’est de ce pays est menaçante non seulement pour le Rwanda, mais également pour l’Ouganda, le Burundi ou le Sud-Soudan. La stabilisation de la région, a-t-il pu expliquer, est un préalable indispensable à son nécessaire développement.

Paul Kagame aura quant à lui fait valoir qu’il ne peut transiger sur la question des FDLR, des criminels qui devraient répondre de leurs crimes et, en tout cas, faire preuve de repentir avant toute chose. Les participants ont pu convenir ensemble de renoncer à tout soutien aux factions armées en présence.

Joseph Kabila aurait alors accepté de suspendre les opérations militaires contre le M23 pour permettre la bonne tenue des négociations.

L’idée a été soulevée par les participants d’une intégration du M23 dans l’armée afin de profiter de sa bonne connaissance du terrain pour combattre les FDLR ainsi que l’ADF-Nalu, une ancienne guérilla opposée au gouvernement ougandais qui sévit encore à partir de ses bases au Kivu.

Aurait également été abordée avec franchise la question des bombardements du territoire rwandais, qui ont occasionné la mort d’une femme dans le district de Rubavu, par… l’armée de la RDC. On comprendra que ce degré de franchise ne puisse qu’apparaître d’excellente augure, après que ces bombardements aient été attribués au M23 par la Monusco et par Kinshasa, sans susciter de désaveu international jusque-là.

Selon les informations recueillies par Chimpreports, la réunion se serait conclue dans un climat réellement cordial, les dirigeants de ces différents États convenant d’enterrer leurs haches de guerre et de travailler en commun au développement de la région.

On ne sait rien par contre du détail de l’entretien bilatéral qu’auront eu ensuite les présidents Kikwete et Kagame, mais le service de communication de la présidence rwandaise aura parlé d’une « rencontre productive » et du fait que les deux Présidents seront sortis de là « satisfaits de marcher ensemble dans une voie positive ». Les photos des deux chefs d’États souriants au sortir de ces entretiens semblent bien confirmer ces déclarations optimistes.

Là encore, voilà qui ne pourra sembler que d’excellente augure, quant on sait combien les relations entre la Tanzanie et le Rwanda avaient pu se dégrader ces derniers temps. Rappelons que la Tanzanie participe à la brigade d’intervention onusienne contre le M23, et que la coopération des officiers tanzaniens et des FDLR a pu être relevée à plusieurs reprises. De même l’expulsion de rwandais de Tanzanie, ou les prises de positions du Président Kikwete en faveur des FDLR, avaient largement contribué à faire monter la tension.

Ces informations, dont le sérieux ne peut être mis en cause, pourraient bien changer complètement la donne. De la guerre ou de la paix, il ne fait aucun doute que la seule voie raisonnable aujourd’hui est celle de la paix. Il est tout aussi certain que celle-ci doit en passer par la mise hors d’état de nuire des forces génocidaires qui n’ont que trop longtemps bénéficié de complaisances. Ainsi, en dépit des efforts de l’absurde diplomate française, cette région d’Afrique serait en passe de se ressaisir elle-même, et, qui sait, de tourner enfin la lourde page des crimes coloniaux pour ouvrir celle de l’indispensable développement, pour sortir de la misère et du malheur ? Espérons.

L’Agence d’Information

Mis en ligne par L’Agence d’information
 10/09/2013
 http://lagencedinformation.com/045-guerre-et-paix-au-kivu.html
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The round-ups in Goma which are proceeding in plain sight of MONUSCO reveal a convergence of local, sub-regional and international interests behind a military solution to the crisis in eastern DRC. Mobilized by a racial ideology and by unavowed objectives, this coalition is aimed at the government in Kigali, at the risk of a widespread conflagration and true ethnic cleansing in the Great Lakes.

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Mis en ligne par L’Agence d’information

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Mis en ligne par L’Agence d’information

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