Yolande Mukagasana : "Où est Human Right Watch quand la Tanzanie chasse les Rwandais ?"

10/08/2013
10/08/2013

Ce 8 août expirait le délai donné par le gouvernement tanzanien aux personnes d’origine rwandaise résidant sur son territoire pour déguerpir. Ceci concerne des dizaines de milliers d’individus soudainement sommés de quitter leurs maisons, leurs vies, obligés de partir sans même pouvoir emporter leurs biens, et contraints d’abandonner jusqu’à leurs vaches. L’écrivaine Yolande Mukagasana, véritable conscience du génocide des Tutsi, dénonce ce nouveau crime, pour le moins révélateur de l’hostilité des autorités tanzaniennes vis-à-vis du Rwanda – alors même que la Tanzanie se trouve diriger la brigade offensive de l’ONU au Kivu.

J’appelle le monde à témoin. C’est comme ça que les horreurs commencent, il faut les dénoncer tant qu’il est encore temps. Human Right Watch, où êtes-vous ? Pour qui roulez-vous ? Ayez le courage de répondre au peuple Rwandais. Qui ne dit mot consent, avouez que vous soutenez ce que fait le Président Kikwete de la Tanzanie aux Rwandais qu’ils chasse de son pays ou dénoncez-le.

Qu’on le veuille ou nom, HRW travaille contre les Rwandais. Ce peuple martyrisé par le génocide contre les Tutsi depuis 1959, l’apothéose en 1994, et qui se reconstruit malgré l’esprit génocidaire qui rode encore autour et au Rwanda. HRW ne soyez pas complice. Seriez-vous de connivence avec le Président Kikwete de la Tanzanie ? Cela m’étonnerait très fort. Mais je me pose des questions à propos de votre silence dans cette horreur de la chasse aux Rwandais que vous ne dénoncez jamais. C’est à croire que mon peuple est coupable de ce qu’il est est. Qu’avons-nous fait à la Tanzanie maintenant ?

La télévision Rwandaise vient de réveiller des démons qui sommeillaient en moi. La Télévision rwandaise vient réveiller mes cauchemars. La Télévision rwandaise vient de me mettre devant une terrible réalité à laquelle je ne voulais pas croire. Elle vient de me rappeler quand les réfugiés rwandais sont rentrés du Congo en 1996. Cette foule n’a jamais quitté mon esprit. Les enfants qui ont fait des kilomètres à pieds sans savoir pourquoi cette souffrance. Le recommencement de l’histoire de la souffrance des Rwandais ! Mille cinq cent rwandais qui vivaient en Tanzanie, cette dernière vient de les chasser. La Tanzanie les chasse vers la frontière de leur pays, le Rwanda. Encore et encore les mêmes événements. Mais cette fois-ci, les Rwandais ne rentrent pas de plein gré dans leur pays comme ceux de 1996. Ils sont chassés de la Tanzanie. Pourquoi ? Lorsque la Région est en train d’établir une carte d’identité pour la Région, la Tanzanie trouve que c’est le moment de chasser les Rwandais établis sur son territoire.

Avec les interviews que je viens de voir, des larmes de ces mamans difficiles à camoufler je crois rêver.

J’ai grandi en Tanzanie, j’avais épousé un Tanzanien qui est mort. Mon fils est un petit militaire là bas. Il est venu me dire, maman il faut que tu partes tout de suite. Nous sommes envoyés chasser les Rwandais. Pars car je ne peux pas te protéger. Pars, peut-être y aura-t-il moyen un jour de te faire revenir. Je ne peux rien faire pour toi maintenant. Je ne peux pas chasser tes voisins si tu es là car je vais être accusé de te protéger. Ce témoignage m’a rappelé ce qu’un militaire de la Garde Présidentielle de Habyarimana a dit à sa maîtresse Tutsi un mois avant le génocide. Florence, nous devons tuer tous les Tutsi. Selon le programme, je ne pourrais jamais te protéger. Il faut que tu quittes le Rwanda avec tes enfants. Tout ce que je peux faire pour toi, c’est de t’aider à quitter le pays maintenant. Elle n’y a pas cru et moi non plus d’ailleurs lorsqu’elle est venue me demander ce que j’en pensais.

Un témoignage encore que je viens de voir : Nous avions épousé des Tanzaniens, nous avions des enfants avec eux. Maintenant les familles sont séparées. Nous avions nos maisons et nos vaches. Ils ont commencé à les rassembler et les manger. Encore une fois, comme quand on massacrait les Tutsi au Rwanda. On commençait toujours par tuer et manger leurs vaches. Human Right Watch, avez-vous vu cela ? Une jeune femme qui a dit : je suis allée visiter une amie et j’ai rencontré leur véhicule qui m’a immédiatement embarquée. Elle a fait un petit sourire triste tel le dernier cri d’un naufragé et elle a éclaté en larmes. C’est la Tanzanie aujourd’hui pour les Rwandais. J’espère que la Tanzanie ne les tue pas comme le Congo. Human Right Watch, vous les gendarmes du monde pour les droits de l’hommes comme votre nom l’indique, qu’avez-vous fait pour les protéger ? Quelle rébellion que le Rwanda soutient en Tanzanie maintenant ? Avouez que pour vous, les Rwandais n’ont jamais été des humains et ne le seront jamais. On verra bien si vous dénoncez cette politique d’exclusion du Président Kikwete.

Il n’y a pas longtemps, le Président tanzanien Kikwete a dit que le Rwanda doit dialoguer avec les génocidaires terroristes du FDLR. Il a fait semblant d’être tolérant « en conseillant » le Rwanda de dialoguer avec les FDLR, et voilà qu’il se trahit au grand jour. Quel plan avait-il derrière la tête ? Ces Rwandais chassés de Tanzanie n’étaient coupables que d’être Rwandais. Ils vivaient en harmonie avec le peuple tanzanien. Ils s’étaient mariés à eux. Maintenant, le Président Kikwete sépare les familles. Le Président Kikwete crée le désespoir et la désolation. Notre tolérant Président n’a pas pu se cacher longtemps.

Le Président Kikwete trouve que les génocidaires qui ont endeuillé le Rwanda en massacrant plus d’un million d’hommes, de femmes et d’enfants en trois mois, sont les seuls vrais Rwandais tolérables ! Le Rwanda doit dialoguer avec eux au lieu de les juger. Vive l’impunité du Génocide contre les Tutsi pour le Président Kikwete ! Un petit paysan rwandais qui ne vivait en Tanzanie que grâce à sa houe et de sa vache est celui-là qui est dangereux pour le Président de la Tanzanie. Qu’ils reviennent chez eux, même si notre pays est petit, aucune maison n’a été petite pour ses enfants. Merci Monsieur le Président Kikwete d’avoir posé cet acte, personne ne vous aurait jamais découvert, certains croyaient en vos bonnes intentions pour mon pays et pour mon peuple. Après les Rwandais, c’est qui ? On sait toujours comment ça commence, on ne sait jamais quand ni comment ça finit et encore moins la prochaine victime.

Pour cela, j’en appelle le monde à témoin et qu’il en fasse ce qu’il veut. Moi je n’ai plus rien à perdre car j’ai tout perdu. Je n’ai rien d’autre que l’on puisse encore tuer car on a tout tué en moi en 1994 sauf mon humanité. Sachez seulement qu’aux injustes, je ne donnerai jamais de repos.

Souvent je me demande ce que mon peuple a fait au ciel pour mériter une telle souffrance. Cela ne m’empêche pas non plus de dénoncer son silence quand je vois qu’il se laisse faire sans broncher. J’ invite mon peuple à réagir car nous avons le devoir de refuser cette torture. Nous avons nos valeurs spirituelles de tolérance et de résilience, mais moi je refuse de continuer au delà de l’acceptable.

Monsieur le Président Kikwete, vous déshonorez l’Afrique et les Africains. Comment chasser une femme rwandaise mariée à un Tanzanien, un couple de huit enfants qui sont restés avec leur père Tanzanien ? Vous pensez faire du bien à ces enfants et leur père ?

Fait à Kigali, le 9 Août 2013

Yolande Mukagasana

Mis en ligne par L’Agence d’information
 10/08/2013
 http://lagencedinformation.com/036-yolande-mukagasana-ou-est-human.html
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