19/12/2014

Si la présence en Ouganda des forces de l’ancienne rébellion ne pourra pas être remise en question, le gouvernement de la RDC devra enfin respecter ses engagements pour obtenir la démobilisation de ses troupes

Back to Bihanga. The end of the crisis between Kampala and the M23 ?

If the presence in Uganda of the former rebellion forces will not be able to be put in question, DRC’s government will eventually have to respect his commitments to obtain the demobilization of M23.

19 / 12 / 2014

Suite aux deux réunions qui se sont déroulées dans la journée d’hier, jeudi 18 décembre, à Rwamwanja et à Kampala, en Ouganda, des accords ont été conclus entre les deux parties — la direction du M23 et les représentants du gouvernement ougandais — suite auxquels les militaires de l’ancienne rébellion ont regagné le camp militaire de Bihanga. Le mardi 16, ils l’avaient rapidement évacué pour se soustraire à une tentative de rapatriement forcé mise en œuvre par des éléments de la police militaire de Kampala en entente avec une délégation congolaise guidée par le général Delphin Kahimbi. Ensuite, ils avaient rejoint le camp de Rwamwanja, tenu par le Haut Commissariat aux Réfugiés, pour en demander le statut. C’est ici que les commandants de brigade du M23 se sont réunis hier matin avec les membres du bureau du Premier ministre Ruhakana Rugunda et le chef d’État-major de l’UPDF (l’armée ougandaise). Au même moment, dans la capitale, Crispus Kiyonga, le ministre de la Défense qui se trouve à l’origine de l’opération de mardi, rencontrait ses homologues de l’Intérieur et des Réfugiés. Kiyonga est le seul, au niveau du gouvernement, qui peut statuer sur l’octroi de la « protection temporaire » (assalam sik) des militaires congolais qui s’étaient repliés sur le sol ougandais en début novembre 2013.

Yoweri Museveni
Yoweri Museveni, président en exercice de l’Ouganda

Or le compromis établi suite à ces pourparlers, s’il exclut la concession du droit d’asile pour les membres du M23, leur accorderait « les mesures appropriées, en terme de garantie… pour éviter le rapatriement forcé des combattants du M23 ainsi que la répétition des événement récemment déplorés (ceux du 16, ndr) », selon un communiqué lancé hier par Rigobert Amani Kabasha, porte-parole du mouvement politico-militaire. Le même texte précise que «  le rapatriement devra respecter le seul cadre défini par les Déclarations du 12 décembre 2013 signées à Nairobi par le Gouvernement de la RDC et le Mouvement du 23 Mars ». En clair, les militaires de l’ex-rébellion, à nouveau cantonnés à Bihanga, rentreront chez eux, en RDC, lorsque les conditions de leur sécurité seront assurées par le pouvoir et surtout quand ce dernier commencera à mettre en application l’ensemble des clauses des Déclarations qui le concernent.
Du côté de Kinshasa, où l’on espérait une opération éclair qui ramènerait les 1400 soldats du M23 dans les bases de Kitona et Kamina (alors qu’une centaine seulement ont été extradés), l’heure est au désarroi. Pendant une conférence de presse tenue hier à Kinshasa, le Coordonnateur du Mécanisme national de suivi (MSN) de l’Accord-cadre d’Addis-Abeba, François Mwamba, a accusé, selon la radio onusienne Okapi, « le point focal de l’ex-mouvement rebelle M23, René Abandi, de bloquer la mise en œuvre des Déclarations de Nairobi, notamment en faisant obstacle au processus de rapatriement des ex-rebelles réfugiés en Ouganda et au Rwanda ». Coordonnateur du MSN pour le M23, Abandi avait rédigé en date 12 décembre un Rapport annuel de la Coordination pour la mise en œuvre des Déclarations de Nairobi, où il indexait Kinshasa pour la non application des protocoles signés dans la capitale kenyane et pour avoir refusé de participer à Luanda (Angola) à une réunion d’évaluation avec le M23, ainsi que de rencontrer les membres du même mouvement pendant le dernier séjour (6-12 décembre) d’une délégation congolaise à Kampala.
Plusieurs questions demeurent autour de ces derniers développements. La crise entre Kampala et le M23 a trouvé une solution à court ou moyen terme avec le retour à Bihanga des vijana (jeunes, en swahili) du M23 ? Quel rôle le président ougandais Museveni a-t-il joué dans la crise, lui qui avait, il y a quelques semaines, déclaré vouloir accorder à ses hôtes le statut de réfugiés politiques si, après le 12 décembre (un an après les Déclarations de Nairobi), les choses n’avaient pas avancé entre Kinshasa et les hommes de Bertrand Bisimwa et Sultani Makenga ?

Sultani Makenga
Le commandant des forces armées du M23, Sultani Makenga, en 2013

Et en particulier, de quelle marge de manœuvre dispose dans ce dossier l’ambitieux ministre de la Défense Crispus Kiyonga, dont les liens de longue date avec des membres influents de l’establishment kinois lui valent des récurrentes démonstrations de générosité de la part de ce dernier ?

En attendant, le président Museveni, s’il le veut, n’a certes pas à se faire inquiéter ou à s’inquiéter de garder sur son sol les membres d’un mouvement qui a signé des accords internationaux. Étant donné qu’il compte parmi ses invités permanents l’ancien putschiste et chef d’Etat de la RCA, François Bozizé, qui, lui, est en revanche sous régime de sanctions de la part du Conseil de sécurité de l’ONU. Et que personne ne reproche cette généreuse hospitalité à l’ancien maquisard du National Resistance Army.

Luigi Elongui pour l’Agence d’information

Mis en ligne par L’Agence d’information
 19/12/2014
 http://lagencedinformation.com/078-retour-a-bihanga.html
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Newly appointed Special Representative for the Great Lakes by the UN Secretary General, Algerian Saïd Djinnit begins his first regional tour. On the menu of its meetings, the main issues of a long unfinished crisis since twenty years : the dismantling of the FDLR, the return of Congolese refugees, the application of the Addis Ababa agreements and Nairobi protocols, and the reform of Democratic Republic of Congo army.

Mis en ligne par L’Agence d’information

 23/08/2014

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Morceau d’anthologie, l’article de Colette Braeckman, publié sur son blog. D’après l’armée congolaise, les attaques en cours dans le Beni seraient le fait d’une alliance de Maï Maï et de l’ADF-Nalu ougandaise, nous dit-elle. Mais elle y voit néanmoins confirmation de la prédiction du gouverneur Julien Paluku : celui-ci annonçait que des Shebbabs attaqueraient.

Plus sérieusement, un rapport de l’ONU, daté du 20 juin 2013, décrit les troupes de l’ADF sans évoquer de shebbabs – mais n’en est pas moins ajouté comme éléments à charge. De toutes façons, cette présence serait confirmée par les "services d’informations burundais et ougandais" et par des "sources policières" congolaises.

Mais "d’autres sources policières", interrogées par Braeckman, "mettent également en cause le mouvement M23"… Une "preuve" ? Le chef du département jeunesse du M23, Ali Musagara, serait "de confession musulmane". Il aurait ainsi non seulement des prédispositions pour le djihad international, mais de plus des "facilités pour recruter au sein de sa communauté". Pire encore : "le président de la communauté musulmane du Nord Kivu serait proche du M23"...

La journaliste note entre parenthèses que "la communauté musulmane de Goma connaît une rapide expansion". Ainsi, contre le M23 l’antitutsisme ne suffit plus – il est vrai que la plupart de ses membres ne sont pas Tutsi –, la xénophobie anti-rwandaise marche moyennement – il s’agit manifestement d’un mouvement nationaliste congolais. Alors ils pourraient aussi bien être islamistes ?

Il ne manquait plus que cette plume à l’épouvantail parfait que la propagande dresse par touches pour tenter de justifier de cette guerre injustifiable.

L’Agence d’Information

Mis en ligne par L’Agence d’information

 14/07/2013

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Scaffolded by DRC’s government, the theory of Ugandan rebels of the Allied Democratic Forces (ADF)’s liability in the massacres of the Far North is contradicted by many witnesses, observers and analysts. It most likely would be a diversion, exploited by Kabila to distract the debate on constitutional reform, and to rule out the controversy on the hunt constantly postponed against the FDLR. The sidelining of General Mundos, considered as one of the prime contractors for the massacre had been requested by the people who now see it as a confirmation of army’s involvement in the atrocities.

Mis en ligne par L’Agence d’information

 2/11/2014