24/02/2014

Un roman à clef jette une lumière crue sur la corruption et le clientélisme dans une agence de l’Onu. Rencontre avec l’auteur.

A roman à clef casts a harsh light on the corruption and cronyism in an agency of the UN. Meet the author.

Zita Naramé, bonjour. Pouvez-vous me parler de ce récit que vous venez de publier le 20 janvier dernier aux éditions Les 2 encres ?

Ferme ta bouche est un récit qui s’inspire de faits réels. C’est un parcours de vie. Le personnage principal, Hilly, est née au Rwanda, dans les années 50. Elle a connu les prémisses du génocide lors des pogroms antitutsis de 1959, 1963 et 1973, année où elle fuit son pays et se retrouve au Zaïre, où elle devient fonctionnaire des Nations-Unies. Elle y travaillera comme secrétaire-assistante jusqu’à sa retraite. Elle y côtoie de bonnes personnes, mais aussi des escrocs et des xénophobes. Le dernier acte, qui se déroule à Paris, en 2005, dans une des organisations des Nations-Unies, est le point d’orgue du récit. Précédemment, elle avait été témoin d’escroqueries, mais chaque fois, les Nations-Unies sévissaient, et le personnel étant rappelé à l’ordre et licencié. Mais en 2005, un personnage très haut placé, un certain Trevor, venu des États-Unis et qu’on disait ami du président Georges W. Bush, a été protégé. Déjà connu pour des faits de discrimination en Californie, il va évincer de l’agence une quinzaine de hauts fonctionnaires de pays du sud et les remplacer par des Occidentaux.

Ce qui est décrit dans ce récit, c’est une certaine faillite morale d’une agence de l’Onu ?

Au lieu d’avoir le soutien de son organisation, Hilly sera muselée, harcelée, discriminée, piétinée, dans une agence où on combat le racisme, les discriminations, les inégalités pour construire la paix dans le monde. Elle s’est retrouvée isolée, dans un milieu où ces valeurs semblaient avoir été perdues. Ça l’a obligée à faire un retour sur elle-même et les différentes épreuves qu’elle a du traverser au cours de sa vie.

Comment le personnage découvre-t-elle le scandale ?

Trevor arrive à l’agence pour y conduire des réformes. Personnage sans scrupules, il savait qu’il y avait de l’argent à prendre. En 18 mois, il va réussir à détourner 20 millions d’euros. Hilly est son assistante et quand Trevor est arrivé, elle était déjà en poste depuis deux ans. Il commence à faire de petites escroqueries aux frais de voyage, que Hilly ne tarde pas à relever. Elle est tout de suite mise au placard. On lui confiera encore quelques tâches importantes, mais aussi d’autres particulièrement dégradantes, comme livrer les sandwiches, faire des photocopies, etc. Elle est restée parce qu’il fallait qu’elle gagne sa vie. Hilly va se battre, va rester debout, sinon elle en serait morte. Justement, après des menaces de mort et un bannissement qui va presque la conduire au suicide, elle aura gain de cause en lors d’une procédure de recours interne, qui déclarera que l’enquête interne diligentée par des responsables de l’agence, censée la discréditer, n’était pas fiable. Mais son organisation refuse de la réhabiliter. Pendant ce temps, là, Trevor met en place un système semblable aux emplois fictifs, ou des contrats de consultance à 99 999 euros (pour ne pas dépasser le plafond au delà duquel un appel d’offres est obligatoire) vont être signés par dizaines, pour un travail inexistant. Vous apprendrez ce qui qui arrive à Trevor en lisant le livre.

Ce récit décrit-il un dérapage individuel ou un dysfonctionnement du système ?

Toutes les agences ne sont pas corrompues à ce point, car Hilly n’avait jamais connu d’affaire aussi spectaculaire. Mais ces choses sont susceptibles de se reproduire. Il y a un manque d’expertise évident. Les abus sont évidents. Des managers sont embauchés, alors qu’ils n’ont pas de formation spécifique.

Pour l’Agence d’information,
Bruno Boudiguet

Mis en ligne par L’Agence d’information
 24/02/2014
 http://lagencedinformation.com/065-scandale-dans-une-agence-de-l-onu.html
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En 2004, pour le dixième anniversaire du génocide de 1994, Survie, avec d’autres associations, organisait la commission d’enquête citoyenne qui s’est chargée d’examiner ces responsabilités françaises, et le volumineux rapport issu de ces travaux concluait, en son point 1.15 :

"l’ex-capitaine de gendarmerie Paul Barril apparaît au cœur du dispositif militaire franco-rwandais ; il ne cache pas ses liens avec la mouvance porteuse du génocide, ni qu’il a été présent au Rwanda pendant le génocide ; deux sources sérieuses, Alison Des Forges et Patrick de Saint-Exupéry, indiquent qu’il a signé avec le gouvernement du génocide un contrat “insecticide” (les Tutsi étaient appelés “cafards”) ; il est peu compréhensible que, sur ce point comme sur d’autres, ce militaire semble bénéficier d’une totale immunité ; la Commission ne comprend pas non plus qu’il n’ait pas été entendu par la Mission d’information parlementaire.

Le 24 janvier 2013, Le Parisien publiait un document – saisi par le juge Trévidic lors de perquisitions effectuées aux domiciles de Paul Barril en 2012 –, dans lequel le ministre de la défense du gouvernement intérimaire rwandais (GIR), en date du 27 avril 1994, confirmait son accord pour la fourniture de 1000 hommes destinés à se battre aux côtés des forces armées rwandaises – pendant le génocide. [Voir l’article du Parisien en fin de revue de presse ci-dessous.]

Rappelons que Paul Barril fait également l’objet de plaintes pour son action au Centrafrique en 2002-2003 qui vaut aujourd’hui à son adjoint de l’époque, Jean-Pierre Bemba, d’être déféré devant la Cour pénale internationale pour crimes contre l’humanité. [Voir le dernier document ci-dessous.]

[Source : l’Agence d’Information]

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