RDC/Kasaï. Assassinat des experts : un haut officier FARDC sur la sellette

7/04/2017
7/04/2017

En confiant au général Lombe, à la veille de son départ, l’itinéraire qu’elle allait emprunter, Zaida Catalan a-t-elle signé son arrêt de mort, celui de son collègue Michaël Sharp et de leur interprète congolais Betu Tshintela ? Confortée par nombreux indices, l’hypothèse est plus que probable.

7.4.2017

Le 11 mars dernier, l’experte des Nations unies Zaida Catalan a été reçue au siège de la 21e région militaire à Kananga (Kasaï, RDC) par le commandant de cette dernière, le général Emmanuel Lombe Bangwanga. Ensemble, ils auraient convenu de l’itinéraire à suivre pour atteindre les villages où la jeune femme suédoise avec son coéquipier, l’américain Michaël Sharp, accompagnés par un guide congolais et trois chauffeurs de mobylette, auraient dû se rendre pour mener des investigations sur des charniers remplis d’opposants appartenant au mouvement Kamuina Nsapu. C’est suite aux indications de ce haut gradé, que le lendemain, le convoi a emprunté une piste située dans une zone sous contrôle de l’armée régulière (FARDC).

Cette information dément formellement les déclarations du porte parole du gouvernement Lambert Mende qui, après la disparition des experts, disait regretter que ces derniers n’aient pas mis au courant les autorités de leurs déplacements. Restituée au correspondant de L’Agence d’information au Kasaï par une source sécuritaire proche des renseignements de l’armée, elle est également corroborée par d’autres témoignages. Un faisceau de données qui pointent du doigt les responsabilités des forces de sécurité du régime dans l’exécution, survenue le 12, des deux travailleurs de l’ONU et de leur guide Betu Tshintela.

En date du 29 mars, un billet publié sur le site Congo Indépendant et signé par son directeur, l’ancien ambassadeur congolais Badouin Amba Wetshi, confirme que « ces assassinats ont été commis dans le territoire de Tshimbulu dans un “périmètre” contrôlé par l’armée congolaise ». Il ajoute deux détails troublants. Au moins l’un des conducteurs des motos était un agent de l’Agence nationale de renseignements (ANR). Ce qui laisserait à penser qu’étant de mèche avec les assaillants, ils auraient été épargnés par ces derniers. Et expliquerait aussi le fait que leurs corps n’aient pas été retrouvés jusqu’aujourd’hui. Ensuite, on lit encore dans CI, « il semble bien que les effets personnels de ces deux travailleurs onusiens se trouveraient entre les mains de l’administrateur général de l’ANR Kalev Mutond ». Si l’on se demande les raisons d’une telle fuite, l’explication est relativement simple : « La montre qui portait Michaël Sharp serait munie d’une puce électronique qui indique sa localisation »…
Deux jours après, dans un communiqué de l’ancienne rébellion du M23, on constate que « la similitude dans le mode opératoire entre les atrocités de Beni et celles perpétrées contre ces victimes onusiennes [le corps de Zaida Catalan a été décapité, ndlr] reste troublante et susceptible de conduire à l’identité de l’auteur ». On affirme que « les deux victimes avaient eu une séance de travail avec les officiers de l’armée régulière de cette région militaire pour convenir de l’itinéraire à emprunter » et on souligne aussi « la présence à la tête de la région militaire du Kasaï Central de certains officiers qui furent aux commandes de la 8e région militaire, dans le Nord Kivu, au fort moment de la stratégie de décapitation des innocents à Beni ».

Si trois indices font une preuve, tous ces éléments qui convergent et se recoupent demeurent accablants pour les hautes hiérarchies des forces de sécurité, les mêmes qui se sont dernièrement rendues responsables de crimes de guerre et de violations massives des droits humains au Kasaï. Dans ce sens, l’Ong La voix des sans voix formule l’hypothèse qu’en ce qui concerne l’assassinat des deux experts, il pourrait « s’agir d’une opération de représailles, de personnes qui auraient commis des violations des droits de l’homme et qui se seraient inquiétées de la présence de ces enquêteurs internationaux ». (Reporté par le site de RFI le 20/3). Le 5 avril, interviewé à la radio Actualité CD, le chef de file de l’opposition politique Félix Tshisekedi, a déclaré : « On a des présomptions sérieuses de croire que la police et l’armée ont tué les deux experts de l’ONU pour les empêcher de mettre à jour l’ampleur des massacres que nous sommes en train de découvrir aujourd’hui. »
Il semble ainsi certain qu’en partant pour leur rendez-vous avec la mort, Zaida Catalan et Michaël Sharp étaient, du début jusqu’à la fin, sous contrôle de ceux qui avaient décidé de leur sort. Et que la rencontre du 11 mars avec Zaida Catalan, situe le général Lombe dans un rôle important de l’engrenage meurtrier. Un rôle partagé avec le tout puissant chef de l’ANR, ce Kalev Mutond qui n’est jamais absent des opérations grises du régime.

Rappel : Emmanuel Lombe et Kalev Mutond ont été des acteurs de premiers plan à l’époque des massacres de Beni (octobre 2014 – décembre 2016), lorsque nombreux rapports et témoignages, indépendants, des Nations unies et même du gouvernement, ont mis en cause les forces de sécurité congolaises dans l’exécution des tueries. Le premier était le patron de la région militaire du Nord Kivu et le deuxième à la tête d’un « cabinet noir » militaire avec le général Delphin Kahimbi, chef des renseignements militaires (ex-DEMIAP) et le général Akilimali Muhindo, dit Mundos. Ce dernier en particulier est accusé par plusieurs rapports d’avoir organisé, avec les hommes de la 31e Brigade des FARDC qu’il commandait, le cycle des massacres à l’aide d’escadrons de la mort téléguidés et renforcés par ses hommes. Or, Lombe, Mutond et Mundos se retrouvent tous à Beni, où opère également le colonel Vincent Tambwe, l’adjoint de Kahimbi. Ils constituent le noyau du pouvoir parallèle qui préside, de Beni à Kananga, à la stratégie des massacres qui endeuille le pays. Leurs œuvres sont pourtant en bonne partie connues, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, mais ils continuent à profiter de la plus grande impunité.

L’Agence d’information

Mis en ligne par L’Agence d’information
 7/04/2017
 https://lagencedinformation.com/110-rdc-kasai-assassinat-des-experts.html
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Morceau d’anthologie, l’article de Colette Braeckman, publié sur son blog. D’après l’armée congolaise, les attaques en cours dans le Beni seraient le fait d’une alliance de Maï Maï et de l’ADF-Nalu ougandaise, nous dit-elle. Mais elle y voit néanmoins confirmation de la prédiction du gouverneur Julien Paluku : celui-ci annonçait que des Shebbabs attaqueraient.

Plus sérieusement, un rapport de l’ONU, daté du 20 juin 2013, décrit les troupes de l’ADF sans évoquer de shebbabs – mais n’en est pas moins ajouté comme éléments à charge. De toutes façons, cette présence serait confirmée par les "services d’informations burundais et ougandais" et par des "sources policières" congolaises.

Mais "d’autres sources policières", interrogées par Braeckman, "mettent également en cause le mouvement M23"… Une "preuve" ? Le chef du département jeunesse du M23, Ali Musagara, serait "de confession musulmane". Il aurait ainsi non seulement des prédispositions pour le djihad international, mais de plus des "facilités pour recruter au sein de sa communauté". Pire encore : "le président de la communauté musulmane du Nord Kivu serait proche du M23"...

La journaliste note entre parenthèses que "la communauté musulmane de Goma connaît une rapide expansion". Ainsi, contre le M23 l’antitutsisme ne suffit plus – il est vrai que la plupart de ses membres ne sont pas Tutsi –, la xénophobie anti-rwandaise marche moyennement – il s’agit manifestement d’un mouvement nationaliste congolais. Alors ils pourraient aussi bien être islamistes ?

Il ne manquait plus que cette plume à l’épouvantail parfait que la propagande dresse par touches pour tenter de justifier de cette guerre injustifiable.

L’Agence d’Information

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