21/05/2016

Pendant un an et demi dans le grand nord du Nord-Kivu, les populations, terrorisées, ont subi le martyre en silence et les élus de la province se sont tus. Maintenant que les responsabilités du régime dans les massacres éclatent au grand jour, les langues se délient. Les initiatives pour arrêter la spirale infernale des massacres se multiplient prenant l’allure d’une contestation du pouvoir et du chef de l’État duquel on exige le départ dans le respect du délai constitutionnel de décembre prochain.

Le samedi 21 mai une messe en mémoire des victimes de Beni a été célébrée à la cathédrale Notre Dame de la Paix à Bukavu, dans les Sud-Kivu, à l’Est de la République démocratique du Congo. Le jour avant, la ’société civile’ de cette province orientale avait organisée une journée ville morte. Dans un communiqué du 17 mai, cette organisation se disait « profondément choquée par les tueries des civils innocents, majoritairement des femmes et des enfants ».
Le cycle des massacres qui endeuillent le territoire de Beni dans le grand nord du Nord-Kivu depuis octobre 2014 et ciblant surtout les membres de la communauté Nande s’est intensifié dans la première quinzaine de ce mois de mai. A partir des attaques menées la nuit du 3 à Minibo et Mutsonge (voir L’Agence d’information du 6 mai dernier), les violences ont fait tâche d’huile jusqu’à franchir la frontière de l’Ituri, où 8 personnes ont été tuées pendant le week-end du 14 au 15 mai à Kitabeyi. A la même date, une opération conjointe dénommée Usalama des troupes des l’ONU (MONUSCO) et de l’armée régulière (FARDC) a été lancée contre les mystérieux escadrons de la mort qui sèment la terreur et se rendent responsables d’atrocités innommables : femmes éventrées, adultes mutilés, enfants coupés à la machette.
Sur trois semaines de carnages, un bilan de 51 victimes qui pourrait être revu à la hausse a suscité une vague de protestations venant des habitants, des milieux associatifs et d’une partie des élus des provinces frappées par l’insécurité. Le vendredi 6, les députés du Nord-Kivu ont boycotté la plénière à l’Assemblée nationale et trois jours après à Goma, une journée de deuil a été observée à l’appel de la ’société civile’ du Nord-Kivu, dont le président, Thomas d’Aquin Mwiti, a affirmé qu’ « on ne peut pas voir ses citoyens être égorgés et rester silencieux ». Le mardi 10, la Nouvelle dynamique de la société civile (NDSCI) à lancé un appel à l’unité contre ces crimes de masse et son président, Jean-Chrysostome Kijana, à déploré que « ce qui se passe à Beni… c’est quelque chose d’une extrême gravité et d’une extrême violence, et devrait susciter les réactions de tous les Congolais, mais ça se passe comme si rien ne s’était passé ». Un langage allusif en forme d’accusation larvée aux autorités, dont l’inaction paraît comme la conséquence d’une connivence occulte avec les tueurs de la part de certains réseaux parallèles du régime.
En effet, à mi mai, un rapport confidentiel du comité des sanctions des NU avait fuité dans les médias et suscité pas mal de remous. Dans la section consacrée aux massacres de Beni, le groupe d’experts qui l’a rédigé pointe du doigt des militaires congolais dans l’organisation et l’exécution des atrocités : « Il est clair de des officiers des FARDC ont été impliqués dans le recrutement et l’armement des groupes responsables des tueries ». Le nom d’un haut gradé que l’on dit proche du chef de l’État est notamment cité et le groupe déclare être : « à connaissance de huit individus qui ont été approché en 2014 par le général Mundos pour participer aux tueries » en fournissant armes, munitions et uniformes de l’armée.
La LUCHA (Lutte pour le changement), mouvement « citoyen et non-violent » d’opposition de Goma, dont nombreux militants ont été emprisonnés pour avoir participé à des manifestations pacifiques et à des débats sur l’alternance au pouvoir — et qui venait de mobiliser ses sympathisants pour un rassemblement le samedi 14 — n’a pas manqué de réagir à ces informations : « Le général Mundos et ces autres officiers épinglés par le Groupe d’Experts sont sous les ordres de qui ? À quelle fin ils ont fait massacrer les civils qu’ils prétendent protéger ? Qu’est-ce qui nous dit que l’opération Usalama que les FARDC et la MONUSCO viennent de lancer sans un nettoyage préalable du commandement des FARDC dans la région n’est pas une nouvelle mascarade ? Pour nous c’est clair : le président Joseph Kabila en tant que ’Commandant suprême des Forces armées’ porte une responsabilité personnelle dans tout ça. Il ne peut pas ne pas avoir su que les officiers qu’il déployait à Beni étaient de connivence avec les meurtriers de la population. Peut être est-il même le donneur d’ordre principal ? ».
Ces nouvelles révélations font suite à un rapport du Groupe d’Etude sur le Congo (GEC), dirigé par un ancien expert de l’ONU, qui met également en cause le général Mundos et des bataillons des FARDC, dont en particulier une unité spéciale aux ordres de la maison militaire du chef de l’Etat. L’embarras visible du gouvernement dont le porte-parole — d’habitude très loquace et ponctuel — n’a pas répondu aux affirmations du document onusien, a libéré les langues et encouragé les initiatives.
La coordination de la ’société civile’ de Beni, Butembo et Lubero — épicentre du carnage — a adressé une lettre ouverte au chef de l’État en lui demandant « d’assumer son pouvoir régalien comme Commandant suprême des forces armées de la république ». Selon Teddy Kataliko, président de la ’société civile’ de Beni, « après analyse, notre constat a été que le contexte est vraiment précaire : plus de 1116 personne tuées en l’espace d’une année et demi, à partir du 2 octobre 2014. Plus de 1470 personnes kidnappées, plus de 1000 maisons incendiées et beaucoup de déplacées de guerre de Miriki à Eringeti ». Des décisions ont été prises par les membres de l’organisme qui ont décrété trois jours de deuil et de villes mortes de Kanyabayonga à Beni, l’interdiction de circuler aux véhicules et aux avions de la MONUSCO — dont la passivité est considérée comme une attitude de complaisance avec les criminels —, la grève des taxes et le rappel à la base de tous les élus du grand nord du Nord-Kivu.

Manifestation de Bukavu ce vendredi 20/05/2016

Réunions et manifestations se déroulent désormais en une atmosphère d’effervescence militante. Les critiques fusent, virulentes contre le pouvoir central et les autorités de la province. La journée ville morte de vendredi 20 à Bukavu a été suivie par la grande majorité des habitants et à la fin, les membres de la ’société civile’ du Sud-Kivu ont remarqué l’absence des responsables locaux et des élus des deux Kivu. Pour enfoncer le clou, Jean-Chrysostome Kijana a déclaré : « Nous continuons à fustiger leur indifférence. Nous considérons que c’est un silence complice. Aucune autorité publique n’était présente. Aucun parti de la majorité présidentielle n’a répondu à notre appel. Pour la communauté Nande par exemple, il y a 25 députés à l’Assemblée nationale, ce qui constitue quasiment un groupe parlementaire, mais ils sont incapables de parler un même langage. Ils sont manipulés. Ils continuent à opposer les gens. Pour nous, il s’agit de l’irresponsabilité. C’est pour cela également que nous demandons des élections dans le délai imposé par la Constitution pour nous choisir des nouveaux représentants ».
Dernière voix qui s’ajoute à l’indignation de ce mouvement de protestation, celle du Dr Mukwege, le célèbre gynécologue de l’Hôpital de Panzi, à Bukavu : « Les images de ces atrocités de masses sont insupportables. Des femmes enceintes éventrées, des bébés mutilés, des êtres humains ligotés et égorgés à l’arme blanche. Les Congolais sont exaspérés, meurtris, humiliés et se mobilisent pour parvenir au changement tant attendu ».
Luigi Elongui

Le Général Muhindo Akili Mundos
patron de l’opération Sukola envoyé à Beni par ordonnance de la Présidence de la république. Il est mis en causes par plusieurs sources comme responsable des massacres.
Mis en ligne par L’Agence d’information
 21/05/2016
 http://lagencedinformation.com/101-rdc-mobilisation-autour-de-beni.html
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